Bulle, extrait 1

11 juillet 2018 0 Par hparadoxa

Titre : Bulle

Date : En cours

 

« J’aime bien les objets. Ils sont réguliers et prévisibles. Ils ne sont pas violents et si on les choisit bien des fois même ils ne font pas de bruit. Si on les range ils restent rangés. Les gens, non seulement ils ne restent pas rangés. Mais en plus ils dérangent les objets. Alors vous imaginez. Les objets ont une constance qui fait qu’ils peuvent se remplir de souvenirs et de sens sans que les actions qu’ils font de leur propre chef ne les en vide. Puisqu’ils n’agissent pas. Mes ustensiles de cuisine ils sont chargés de tous les plats que j’ai fait avec eux alors que les gens pour lesquelles je cuisine, ils vont faire caca deux heures après.

[…]

Chez moi, j’ai une boite en bois avec tous mes stylo Bic noir vides et un gros classeur jaune avec 437 pages petits carreaux avec du stylo Bic dessus. Avant j’avais une pochette jaune, mais elle a fini par déborder. Alors j’ai mis toutes les feuilles dans un classeur. Elles ne sont pas dans l’ordre parce des fois je lis des pages et je ne sais plus où je les ai prises. Mais j’aime bien. J’aime bien parce que les pages se déplacent et que ça écrit une autre histoire. J’aime bien parce que les pages se déplacent et que c’est un peu comme si le classeur était vivant. J’aime bien parce que ça veut dire que les pages ne sont pas figées à une place dépendant de leur date de création mais qu’elles sont à une place qui est la conséquence de toutes les fois où elles ont été lu et de comment j’étais ce jour-là. Il y a des dessins un peu. Mais des textes surtout. Je recopie des textes avec des lettres régulières grandes et qui font toutes la même taille en nombre de petit carreau. J’aime travailler la langue comme on travaille l’argile. Épaisse. Pas pour le sens. Pour la matière. Écrite en grande lettre. Et pas prononcée. Mais mâchée. Avec toutes les consonnes et les voyelles qui me remplissent la bouche. »