Lettre ouverte au théâtre

17 septembre 2018 0 Par hparadoxa

J’estime beaucoup trop le théâtre pour y vivre une telle humiliation. Dans chaque pièce que je vois, dans chaque pièce que je lis, dans chaque pièce que je joue. Toujours chercher inlassablement une quelconque trace de représentation. De proximité. J’ai longtemps que touché cette gêne du doigt et je l’ai embrassée pleinement lorsque j’ai lu Les antennes et les branches de Léonie Casthel. La pièce d’une autrice autiste, sur l’autisme, pour des interprètes autistes. Marre de lécher les miettes des straight valides. Mare de me mettre à genoux pour peut-être effleurer ce que vous vivez tous chaque fois. Mon théâtre sera autiste et queer ou ne sera pas. Et si cela est du communautarisme, alors vive le communautarisme. Vous ne vous êtes pas gênés pour envahir chaque lieu de théâtre, chaque mot de théâtre et en faire votre monde. Sans nous. Cela fait sept ans que je vais au théâtre. Trois ans que j’y vais au moins une fois par semaine. Et je n’ai jamais entendu le mot transgenre sur un plateau de ma vie. J’ai vu les rares œuvres queer que j’avais lues jusqu’ici complètement nettoyées de notre présence.

Vous n’avez aucun respect pour rien ni personne. Vous riez de nos corps, vous effacez nos vies. J’aime le théâtre. Je l’ai toujours aimé. Et je suis fatigué. Aujourd’hui enfin je le dirai. Je ne ferai pas de théâtre si je dois faire du théâtre pour vous. Parce que nous n’avons pas besoin de vous. Parce que nous nous exprimerons sans vous. Hors de vos normes. Hors de vos chemins. Je ne vis pas pour servir votre voix. Votre parole. Votre domination. Mais celle de mes adelphes. Mais la mienne. Je ne vis pas pour vous, je vis pour moi, pour elleux. Vous n’êtes pas mes frères. Vous n’êtes pas mes sœurs. Ce n’est pas à moi de faire l’effort. Tant que vous ne travaillerez pas pour mon intérêt je ne travaillerai pas pour le vôtre.

Et je sais ce que vous direz, quand je n’écrirai que sur, avec et pour les trans, les pédés, les putes et les autistes. Que l’art devrait être universel.

Mais vous ne croyez pas à l’art universel. Vous vous prenez pour le centre du monde alors vous penser que parler de vous c’est être universel, et parler de nous subversif. Vous êtes dégoûtants. Vous parlez de vous, pour vous, par vous, entre vous. Nous sommes assis dans la salle. A côté de vous. A côté et jamais avec.