Envol

21 mars 2019 0 Par hparadoxa

Ce texte est extrait de ma pièce Plume, fable duveteuse pour intrprète étrange.

Date à venir :

  • 29 mars 2019 : Lecture d’extrait dans l’emission Le Théâtre de la Gamelle sur Radio Canut
  • 24 avril 2019, &8h30 : Représntation de la pièce à l’Amphi Théâtre culturel du Campus Porte des Alpes à Bron, suivit d’un bord de scène (rencontre et questions)

 


 

Seul face au miroir.

Maintenant.

Je ne veux plus vous voir.

Je vais rester un moment ici.

Puis migrer.

Rencontrer d’autres oiseaux.

Trouver le lieu où tout le monde verra bien que j’ai des plumes, et où ce ne sera pas un problème.

Trouver le lieu où je pourrais caqueter en paix, et où tout le monde comprendra.

Je vais trouver la volière.

Je vais apprendre à voler.

Apprendre à chanter.

Et alors je reviendrai.

Et alors je vous pardonnerai.

Peut-être.

Et surtout, alors, j’irai voir les oisillons que vous enfermez dans vos écoles et je leur dirai.

Je sais.

Je sais ce que tu ressens.

Je sais ce que tu vis.

Je sais où tu es.

Je sais ce que tu vas croire.

Que ce corps est une prison et que tu ne peux pas fuir.

Tu vas t’y enterrer vivant, je sais.

Et puis sortir de terre.

Hurler.

Vouloir mourir.

Mais tu es beau.

Mais tu es forte.

Tu devrais te voir comme je te vois maintenant.

Je t’aime.

Et je t’admire.

Je ne sais pas si j’aurais la force de faire, de refaire ce que tu fais aujourd’hui.

Tu vas tenter de fuir.

Ecraser tes poings contre les murs froids.

Déchiqueter tes phalanges sur cette roche imprenable.

Tu es si courageuse.

Tu ne le sais pas encore, mais tu as tellement envire de vivre.

Un jour. Un jour tu comprendras.

Que cette crypte où tu te crois enfermé est en fait ton corps. Ta chambre. Ta forteresse.

Ces hauts murs te protègent.

Tu n’es pas enfermé.

Je sais que tu te sens seule.

Mais cela ne durera pas.

Tu n’as juste pas encore trouvé la volière.

Je suis toujours dans cette chambre.

Des années après.

Et pour toujours.

J’ai appris beaucoup de choses.

Mais la plus grande de toutes peut-être cette année.

Je t’aime.

Je ne t’abandonnerai pas.

Et tu vas vivre.

Tu sauras. N’aies pas peur.

N’aies pas peur oisillon.

Le temps viendra des ailes et des plumes.

Je t’aime.

Je t’aime tellement.

 

Maintenant je n’ai plus peur.