Les médicaments : bien ou mal ?

Cet article est issu de ce thread : https://twitter.com/hparadoxa/status/1285863957492830209, publié en juillet 2020

Avertissement de contenu : médicaments, mention d’opioïdes, négligence médicale

Note : Je prends dans cet article l’exemple des antidouleurs mais ces réflexions s’appliquent à tous types de médicaments, y compris les traitements pour les troubles psy.


Ca dépend

Bon j’imagine que vous savez déjà d’avance que la réponse c’est : « Ben ça dépend », mais je pense que c’est important de détailler un peu plus de quoi ça dépend.

Que ce soit pour les gens qui en parle de l’extérieur, autant que pour les gens qui en ont potentiellement besoin et qui du coup ne savent pas comment se décider.

Balance bénéfices-risques

Déjà j’ai l’impression que bien souvent (comme pour beaucoup de chose) on retrouve surtout des position extrême à propos des effets secondaires. Soit c’est complètement négligeable, soit c’est terrible et il faudrait tout interdire.

La vérité c’est que des médicament qui n’ont aucun effets secondaires et ne créent aucun risque, il n’y en a pas. Et il est important d’en parler pour que les personnes qui sont sous traitement soient le plus en sécurité possible et le soit de manière éclairée et consentie.

Mais parallèlement à ça, il y a aussi beaucoup de messages alarmistes qui font croire à des risques bien plus grands qu’ils ne sont réellement. Le gros problème avec ça, c’est que ça pousse beaucoup de gens à refuser des traitements qui pourraient améliorer leur qualité de vie.

Dans un monde idéal, on pourrait résumer le choix des médicaments à « S’il y a plus de bénéfices que d’effets secondaires négatifs alors c’est bien. » Dans la pratique il y a d’autres enjeux, liés notamment à la maltraitance médicale et à l’incompétence d’un certain nombre de médecins.

Accès à l’information

L’exemple du tramadol

Le tramadol c’est un antidouleur qui n’a… disons pas très bonne réputation. C’est un opioïde avec les effets secondaires qu’on peut imaginer : nausée, vertige, somnolence, parfois même hallucination et autres. Il est aussi assez connu pour générer une très forte accoutumance. Si on en prends souvent, l’effet diminue, et on est obliger d’en prendre des dose plus fortes pour le même effet. En cas de prise prolongée et d’arrêt brutal, on s’expose aussi à un syndrome de sevrage. Dit comme ça ça sonne pas très bien hein ? Et c’est pour ça qu’un certain nombre de personnes (médecins compris) finit par être contre l’usage du tramadol d’une manière général.

Mais quel rapport avec la maltraitance médical, donc ? Il se trouve que malgré tous ses défauts, le tramadol à quand même une grosse qualité : il fonctionne. Et parfois, il est un des seuls à fonctionner. Et on peut diminuer les risques et les effets secondaires avec une bonne prise en charge.

Personnellement je suis alcoolique, et plus généralement, je me connais, j’ai l’addiction facile. Donc je n’étais pas très rassuré à l’idée de prendre du tramadol. Heureusement pour moi, j’ai plusieurs ami·e·s avec des douleurs similaires aux miennes qui prennent du tramadol et ont pu m’expliquer tout ce que je viens de vous dire. Parce que non, aucun de mes médecins ne l’ont fait.

Or, en sachant tout ça, je n’ai pas peur de prendre du tramadol ponctuellement pour des moments de crises, car je sais que les risques d’addiction, de sevrage et d’accoutumance sont quasi inexistant sur des prise courtes. Et je sais aussi quels dosage je peux prendre, avec quel dosage de paracétamol en plus, qui permet de majorer l’effet sans augmenter la dose d’opioïde.

Ainsi, une bonne information sur le médicaments me permet de comprendre quels sont les risques réels et donc de ne pas me mettre en danger ni en surdosant, ni en sous-dosant (parce que oui, c’est aussi dangereux pour la santé de ne pas prendre des médicament dont on a besoin).

En résumé

Bien souvent, quand un médicamentent existe, c’est qu’il fonctionne pour certaines personnes, et que des alternatives moins dangereuse et aussi efficace n’ont pas encore été trouvé. C’est le cas du tramadol. Et bien souvent, une bonne connaissance des risques permet de les limiter et laisse chaque patient·e, accompagné·e de ses médecins, prendre une décision avec une vision juste de la balance bénéfice-risque.

Mais pour ça, la connaissance des risques (et des bénéfices d’ailleurs) est nécessaire, et sa transmission également, hors souvent, les médecins ne prennent pas le temps d’informer en profondeur leurs patients sur les différentes alternatives et leurs spécificités. Et on se retrouve donc avec des patient·es qui ont besoin d’un traitement, mais se retrouve sans parce que ledit traitement à été diabolisé voir interdit, suite à des usages dangereux qui auraient en majorité pu être évités avec une bonne information en amont.

Comment choisir ?

Donc, pour répondre à la question « Comment savoir si je devrais prendre un médicament ou non ? » il est important de se renseigner sur les effets divers. Prenez de l’information chez votre médecin ET lisez la notice. Vraiment. Ce serait plus précis et plus complet.

Vous pouvez trouver toutes les notices en lignes sur http://eurekasante.vidal.fr en tapant le nom du traitement en question.

La notice comporte la liste des effets secondaires et leur probabilité. Par exemple avec le tramadol les vertiges sont notés comme effet secondaire dans 10% des cas. Ca veut dire que ce n’est pas la majorité des cas, mais quand même une bonne partie. Tandis que les hallucinations arrivent dans moins d’un cas sur mille. Autrement dit : ce n’est pas impossible, mais globalement improbable. Si vous avez des hallucinations vous saurez pourquoi, mais ne vous attendez pas à en avoir, selon toute probabilité tout va bien se passer de ce côté là

Il est tout à fait légitime de décider de ne pas prendre un traitement, même s’il est efficace contre certains symptômes, parce que les effets secondaires sont trop forts. Mais il est important de prendre cette décision en s’assurant que notre évaluation des bénéfices et des risques est juste, au risque de passer à côté d’une amélioration de notre santé et de notre qualité de vie pour… rien.

J’ai passé un an plié en deux de douleur, parce que j’avais peur de prendre des hormones, parce que tout le monde parlaient de plein d’effets secondaires effrayants. Et qu’on s’entendent : ces effet secondaire existent bien. Mais je n’ai pour ainsi dire plus eu de douleurs liées à l’endométriose du tout depuis le jour où j’ai eu mon implant. J’ai passé un an à choisir « avoir envie de mourir tellement j’ai mal » à la place de « avoir des bouffées de chaleur et des envie de fraises la nuit ».

Prendre soin de votre santé est important. Et la douleur c’est un danger en soi. Avoir mal est un problème de santé en soi.

Les effets secondaire c’est une chose réelle, mais soyez sûr·e d’évaluer les risques sur des sources fiables, avec des données chiffrées qui vous permettent de vraiment saisir les conséquences possibles du traitement.

Ainsi par exemple, au lieu de refuser de prendre un Antadys parce que « ça peut rendre stérile » vous saurez en lisant la notice que le traitement peut affecter la fertilité uniquement pendant la prise, et que tout redeviendra à la normale à l’arrêt du traitement.

« Mais les gens qui prennent ce médicaments sont tous malades ! »

Les gens prennent des médicaments parce qu’ils ont des symptômes. Dire « les médicaments rendent malade, la preuve, plein de gens qui ont pris ce médicament sont malades » est un non sens. Oui, les gens sous traitement sont malade, c’est pour ça qu’il prennent un traitement, pas l’inverse.

« Mais pourquoi tu te mets en danger avec ces drogues ? »

Certains effet secondaire peuvent être réellement dangereux, mais bien souvent, ils concernent des médicaments prescrits pour des symptômes qui le sont d’autant plus.

Oui on préfère souvent niquer ses reins que de mourir d’une crise d’épilepsie. Oui on préfère souvent risquer l’accoutumance à un somnifère que de ne jamais faire de nuit complète.

Non vous n’êtes pas obligé de faire ces choix, mais oui vous êtes obligé de respecter ces choix, et de ne pas nous dire « mais pourquoi tu prends ces drogues c’est dangereux ». Se tordre de douleur tous les jours aussi est dangereux, se vider de son sang aussi est dangereux, manquer de sommeil aussi est dangereux, c’est pour ça que je prends ces « drogues ». Et je pense que j’ai raison.

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