Les personnes non-binaires sont-elles trans ?

Cet article est issu de ce thread : https://twitter.com/hparadoxa/status/1213426870039011328 écrit Janvier 2020


Les personnes non-binaires sont-elles trans ?

Définitions

Le ressenti

Évidemment pour pouvoir répondre à cette question il faut déjà se demander ce que veux dire être trans.

Quand je parle à des cis (= personnes qui ne sont pas trans) un peu novices, je vais dire : les personnes trans sont des personnes qui ne s’identifient pas à leur genre assigné, mais à un autre genre. Par exemple moi on a dit que j’étais une fille quand je suis né, mais je ne me sens pas fille, je suis donc trans.

Si on utilise cette définition, sachant qu’en gros, personne n’est assigné non-binaire à la naissance, les personnes non-binaires sont forcément trans. C’est de ce raisonnement que viennent les affirmations de type « Les personnes non-binaires sont toutes trans. »

Alors kécécé le problème ?

Le vécu social

Le problème, c’est que cette définition de la transidentité, elle est bien pour faire mon coming-out à ma grand mère, mais que si on veut commencer à réfléchir des enjeux politiques avec, on est vite coincé·es.

Si on a besoin de nommer et de conceptualiser la transidentité, c’est avant tout parce qu’il y a derrière une vécu social particulier. Personne n’a besoin de nommer le fait d’aimer ou pas sa couleur de cheveux de naissance, rapport au fait que si tu en changes tout le monde s’en bats les couilles (évidemment la comparaison avec la transidentité a ses limites mais vous voyez le concept).

A l’inverse, ne pas s’identifier à son genre assigné implique dans une majorité de cas un vécu de violences diverses : discrimination à l’emploi / l’éducation / le logement, violences intrafamiliales, violence sexuelles, violences médicales, agression, meutre… et plus globalement à un vécu social particulier : celui de la transition : changer son corps, la manière dont il est perçu, dont on est perçu, changer les codes de genre que l’on nous a appris, les codes qui nous définissent aux yeux des autres…

Toutes les personnes trans n’ont pas vécu toute ces choses, mais toutes peuvent relier des moments de leur histoire à ce socle commun. Globalement, les personnes trans n’ont pas entre elle comme seule point commun d’avoir dit un jour « ouais ce genre qu’on m’a filé à la naissance, moyen bof », mais un ensemble d’expérience de vie bien plus large.

C’est de ça que l’on parle quand on dit que les personnes non-binaire ne sont pas ou pas toute trans : la transidentité, avant d’être un ressenti, est un vécu social constitué par les violences transphobe et le fait de changer de classe social de genre.

Et la non-binarité alors dans tout ça ?

La question est donc, les personnes non-binaires, elles ont ou elles n’ont pas ce vécu là ? La réponse : ça dépend. Mais l’autre réponse : on en sait trop rien.

Ca dépend

La majorité des personnes non-binaires que j’ai rencontré dans ma vie était trans. La majorité transitionne, ou a transitionné. La majorité a fait des coming-out, des demandes de changement dans la perception et le traitement de leur genre par les autres (pronom, prénom…), transitionné physiquement, et parfois transitionné médicalement.

Mais ce serait mentir que de dire que toutes les personnes non-binaires correspondent à ce schéma.

Dans mon expérience personnelle j’ai aussi rencontré des personnes non-binaire n’étant pas dans une démarche de transition (trois pour être précis). En général, leur entourage savaient qu’elles se considéraient comme non-binaire, mais elles n’avaient pas d’intention de transition d’aucune sorte. Souvent elles étaient juste plus confortable avec le qu’on ne les appelle pas mec/meuf, en gros.

A priori, c’est de ça dont on parle quand on dit « certaines personnes non-binaires ne sont pas trans ». Et perso, je suis d’accord avec ça. Mais vous savez qui d’autre est d’accord avec ça ? Les personnes en question.

Les personnes auxquelles je pensent ne se sont jamais identifiées comme trans, n’utilisent jamais le drapeau trans etc.

Théorie : les gens ne sont pas complètement inconscient, et la tendance allant plus à invalider l’existence de la transidentité que l’inverse, ils ne se disent pas trans pour rien.

On en sait trop rien

Autre paramètre : souvent, les personnes désignées comme « disant qu’elles sont trans mais en vrai non » ne sont pas désignée comme telle par leurs proches. Mais par des gens qui ne les connaissent qu’en ligne, ou parfois vaguement IRL. Sauf que la perception que l’on des transitions de personnes que l’on ne connait pas est souvent loin d’être fiable.

Personnellement j’ai souvent des gens (pas nécessairement dans ce débat, pas nécessairement des personnes trans, tous type de gens en fait) qui pense que j’ai un passing féminin au quotidien. C’est faux. Globalement, dans ma sphère familiale, amicale, scolaire et professionnelles, ET dans l’espace public, ça fait des année que je ne suis plus considéré comme une femme cis. Mais ça n’empêche personne de croire le contraire.

La transition est un processus

Personnellement entre le moment où je me suis dit « je suis non binaire » et le moment ou je me suis dit « je suis trans » il s’est écoulé six mois.

Le temps que justement je sache si juste « femme » ça faisait pas très sens, ou si je me trouvais vraiment ailleurs, si j’avais vraiment envie d’aller ailleurs, aussi. Encore une fois : quand on se déplace dans le genre, on s’en rend compte, quand on le fait pas aussi.

Je n’aurai probablement jamais réussi à me dire transmasc si je n’avais pas eu l’opportunité de passé d’abord par demi-girl, puis gendervoid, puis neutrois, puis demi-boy.

Certains arrivent à faire le grand saut, directement de femme à homme, et c’est cool pour vous, d’autres ont besoin de transition justement. Et c’est ok aussi.

Diaboliser les personnes qui se trouvent dans la zone grises entre cis et trans, c’est faire activement du mal à des personnes trans en début de transition et en questionnement, au moment exacte où c’est justement de notre soutien et de notre absence de jugement dont elles ont besoin.

Conclusion

Rassemblant toutes ces données, voici ma conclusion sur le sujet. Elle se base sur ce que j’ai lu et vécu, elle n’est sans doute pas parfaite mais je pense qu’elle a le mérite d’essayer de ne sacrifier personne sur l’autel ni de la légitimité ni du pseudo-materialisme.

Il y a des personnes qui ne s’identifient pas à leur genre assigné, mais dont le vécu n’est pas trans. Cela arrive. Je crois que le nier serait contreproductif dans la démarche de conceptualiser et définir la transidentité de manière politiquement utilisable.

Par ailleurs si les identitées de type « je me sens pas trop femme finalement, mais spas trop autre chose, et peut-être quand même un peu meuf mais pas vraiment » peuvent être des identités sur le long terme, ce sont aussi des outils de transition.

Mais je crois aussi :

  • Que ni moi ni personne n’est en mesure de déterminer qui est ou n’est pas trans sans connaître réellement la personne et son parcours.
  • Que penser que ce genre de situation (personne se disant trans sans vraiment l’être) est réservé aux personnes non-binaire c’est cacher votre enbyphobie derrière de jolis mot politique. Parmi toutes les personnes que j’ai croisées dans ma vie en me disant « cette personne se dit trans mais je doute qu’elle en est le vécu » (chose que je n’ai pas dis publiquement à la personne, cf point 1, je peux me planter), pas une n’était non binaire en fait.
  • Dans mon expérience personnelle, les personnes nb qui ne sont pas trans on tendance à le savoir. Et les personnes qui se disaient trans sans que j’ai l’impression que ça fasse sens (mais je peux me tromper), sont extrêmement minoritaires.

Je ne sais pas si mon expérience est représentative. Mais en l’absence de sources sur lesquelles se baser, on ne peut pas affirmer l’inverse (ce qui se fait).

En conclusion : Oui, le terme trans est surement utilisé à tort occasionnellement, mais personne n’a les capacités de dire avec certitudes quand, et se concentrer sur ce problème probablement minoritaire (souvent pour y foutre sa haine des personnes non-binaires), aura des conséquences néfastes beaucoup plus concrètes (réduction de l’accès à la transition notamment), que l’usage abusif du mot trans de manière anecdotique.

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