Mieux comprendre l’autisme : Routines et Rigidité mentale

Cet article est une retranscription de cette vidéo :


Bonjour et bienvenue sur ma chaîne, c’est H Paradoxæ et aujourd’hui on se retrouve pour un nouvel épisode de ma série « Mieux comprendre l’autisme ».

Si vous ne me connaissez pas, bienvenue sur ma chaîne, je m’appelle Alistair, je suis moi-même autiste, et dans cette série je vulgarise des enjeux liés à l’autisme et aux traits autistiques plus généralement.

Aujourd’hui on va s’atteler aux routines. Les routines font partie d’une catégorie de traits autistiques plus large que l’on appelle « rigidité mentale ».

Dans cette catégorie on retrouvera également la dysfonction exécutive et les intérêts spécifiques, sur lesquels j’ai déjà fait des vidéos dédiées que je vous mettrais dans les annexes en fin d’article.

Vous n’avez pas besoin de connaître ces deux autres traits autistiques pour comprendre cette vidéo-là, ne vous inquiétez pas, mais si vous avez envie d’avoir une idée un peu plus large de ce que peut être la rigidité mentale, je vous invite à jeter un coup d’œil à ses deux autres épisodes.

Sans plus attendre on s’y met !

La rigidité mentale

Si vous avez déjà entendu un peu parler d’autisme, on vous a peut-être expliqué que les personnes autistes avaient besoin d’anticiper les choses, avaient du mal à gérer les imprévus, aimaient les choses répétitives, avaient besoin de routines (certaines personnes parlent aussi de rituels mais ça veut dire la même chose)… Tout ça ça fait partie de la rigidité mentale.

Une des raisons à ça c’est que les personnes autistes ont souvent besoin de plus de temps et de plus d’énergie pour traiter un certain nombre d’informations, et du coup on est souvent beaucoup plus efficace et beaucoup plus à l’aise dans des contextes répétitifs et prévisibles puisque ça nécessite moins d’aller-retour entre percevoir, intégrer, comprendre et réagir.

Et à l’inverse on va avoir tendance à être mis en difficulté voire en détresse par les tâches qui demandent de l’adaptabilité et de l’instantanéité parce qu’on n’aura pas forcément la capacité de traiter et d’intégrer l’information suffisamment rapidement pour pouvoir y réagir correctement, voire y réagir tout court.

Personnellement je suis comédien de formation à l’origine et j’ai pas vraiment de problème pour apprendre et jouer un texte parce que justement dans ce contexte là il y a une base assez prévisible et anticipable. Mais si on me demande d’improviser, avec un peu de chance je vais être mauvais, mais plus probablement je vais juste être paralysé.

Dans ce genre de situation mon cerveau se bloque complètement, j’arrive plus à penser, je suis même pas en état de dire « Non je ne peux pas faire ça. », c’est juste le vide total dans mon cerveau et j’arrive pas à remettre en route ma pensée en fait.

Et du coup en plus, j’en avais parlé dans ma vidéo sur les crises autistiques que je vous mets aussi dans le i, comme on sait qu’on a du mal à réagir spontanément et à gérer des situations, souvent on s’entraîne et on se prépare à l’avance à beaucoup de choses.

Ce qui fait que quand il y a un changement qui vient perturber ce plan-là c’est pas juste le changement qu’il faut gérer mais aussi potentiellement tout notre plan pour, par exemple, la journée qui s’effondre, et c’est notre filet de sécurité pour naviguer le monde qui se délite en quelque sorte.

Les routines

Maintenant, que font les routines dans tout ça ? Les routines du coup vont être un outil d’anticipation, un outil pour créer du cadre et des repères, et c’est en ça qu’elles vont s’inscrire dans la rigidité mentale.

Je pense que ça c’est assez clair avec ce que je viens d’expliquer.

Là où je pense qu’il y a un peu plus de choses à dire, c’est que beaucoup de gens ont en fait une compréhension assez vague ou assez incomplète de ce que veut dire le mot « routine » dans le contexte de l’autisme.

Quand on parle de routine d’une manière générale, j’ai un peu l’impression que les deux choses qui viennent en tête c’est soit avoir toutes nos journées pareilles, faire toujours la même chose ; soit avoir un emploi du temps fixe, faire les choses toujours à la même heure. Et évidemment ces deux choses peuvent être vraies, mais c’est plus que ça.

Et c’est notamment : faire les choses de la même manière.

Cas pratique

Un exemple que j’aime bien donner pour expliquer ça c’est les tartines.

Personnellement j’aime bien les tartines. Je trouve que c’est une nourriture bonne et simple à faire quand on a pas trop l’énergie ou le temps de cuisiner.

Mais tout l’intérêt des tartines, dans mon cas en tout cas, c’est d’avoir une nourriture qui me prend peu de temps et peu d’énergie. Parce que c’est assez facile à faire : il suffit de griller une tranche de pain et d’étaler des trucs dessus, mais aussi parce que c’est quelque chose qui s’inscrit assez facilement au sein de rigidité mentale.

Je les fais toujours avec du pain de mie et pas du « vrai pain » parce que ça se conserve plus longtemps et que c’est toujours pareil en termes de taille de tranche, de cuisson, etc. Du coup ça veut dire que j’ai toujours du pain de mie chez moi et qu’il est toujours identique. Je sais à quoi m’attendre. C’est un repère stable et fiable.

C’est quelque chose dont je n’ai pas à m’inquiéter au moment où je fais des tartines, je sais comment ça va être donc il n’y a rien à gérer en plus au moment où je les mange, puisque je suis préparé à tout ce qui va se passer.

Et de la même manière, je vais toujours utiliser les mêmes produits des mêmes marques pour mettre sur mes tartines. Toujours le même houmous, toujours le même tofu, toujours les mêmes confitures, etc. Je ne les fais pas moi-même parce que c’est des produits repères, je sais comment ils vont être et ils seront toujours comme ça. Du coup quand je les mange je ne consomme pas d’énergie à la découverte et à la réaction, puisque je sais déjà comment ça va être.

Après ça je vais toujours les préparer de la même manière : je commence toujours à étaler par le même côté, je mets toujours la même quantité, je plie toujours dans le même sens, je mets toujours les cornichons du même côté, etc.

Du coup ça fait trois ans à peu près que mes tartines sont plus ou moins toutes identiques les unes aux autres, et du coup encore une fois toute la surprise qui est supprimée par ce processus c’est de l’énergie que j’économise… et j’en ai besoin !

Je trouve que c’est un bon exemple parce que c’est pas vraiment ce qu’on s’imagine spontanément quand on parle de routines. Je ne mange pas des tartines tous les jours, je ne manque pas des tartines à heure fixe. Mais, quand je mange des tartines, mon processus sera toujours le même pour arriver à un résultat identique, et ça c’est très important pour moi.

C’est ce qui me permet de me nourrir dans les moments je suis pas en mesure de faire quelque chose qui va me prendre plus de temps et d’énergie, et dans la préparation, et dans l’effort d’adaptation et la marge de changement que le plat comprend.

Il y a deux ans j’ai déménagé et du coup au début je n’avais pas accès aux mêmes produits que d’habitude et j’ai perdu plusieurs kilos les premiers mois parce que je n’arrivais pas à me nourrir suffisamment comme je manquais de repères. J’ai d’ailleurs également une vidéo dédiée aux contraintes alimentaires dans l’autisme que je vous mets encore une fois dans les annexes.

De l’utilité des routines

Comme bien souvent dans l’autisme et plus largement dans le handicap, bien souvent nos comportements vont être analysés, décris et jugés de l’extérieur, d’un point de vue valide, non handicapé.

Ce que ça veut dire c’est que les routines autistiques vont souvent être jugées comme inutiles, absurdes ou disproportionnées par les personnes qui étudient ou observent les personnes autistes, parce qu’elles jugent ces routines selon leurs propres besoins à elles.

Si elles personnellement n’ont pas besoin de cette routine, alors cette routine est inutile, et donc ce n’est pas la peine que la personne autiste ait cette routine, c’est juste une « mauvaise habitude » ou une « obsession ».

Et comme les routines peuvent être envahissantes ou handicapantes, certaines personnes vont chercher à « guérir » les personnes autistes de leurs routines parce qu’à première vue on peut se dire « C’est envahissant et handicapant et ça sert à rien donc il faut s’en débarrasser. »

Mais c’est vraiment important de ne pas essentialiser les routines, et les comportements autistiques d’une manière générale. On n’a pas des routines qui sortent comme ça de nulle part juste parce qu’on est autiste.

Nos routines elles ne sont pas une manifestation directe de l’autisme, elles sont une stratégie pour gérer notre quotidien en tant que personnes autistes, avec les contraintes qui sont les nôtres.

Et sans les routines on n’est pas libéré·es d’une part handicapante de notre autisme, au contraire, on se retrouve démuni·es devant les difficultés qu’on a, puisqu’on nous a supprimé une de nos stratégies de fonctionnement.

Si on me demandait, ou qu’on me forçait à arrêter de faire mes tartines toujours de la même manière, je ne serais pas libéré de cette contrainte-là, j’aurais juste plus de difficultés à me nourrir.

Ça ne veut pas dire qu’il n’y a rien à faire quand une routine des trop envahissante, ce qui peut arriver, mais ça veut dire que la solution n’est pas de la supprimer de force.

Il faut plutôt essayer soit de mieux incorporer la routine au quotidien pour qu’elle soit plus viable, soit de comprendre quelle utilité a cette routine et de voir si on peut mettre une autre stratégie qui apporterait le soutien de cette routine d’une manière qui soit plus viable et plus fonctionnel pour la personne autiste.

Disclaimer

Avant de conclure cette vidéo je tiens à vous rappeler que comme d’habitude je parle d’autisme parce que c’est mon domaine de compétence, mais que dans le handicap les diagnostics ne sont pas imperméables les uns des autres et que plein de traits autistiques peuvent se retrouver chez des personnes qui ne sont pas autistes mais qui ont un autre handicap.

Il est du coup très probable que tout ce dont j’ai parlé aujourd’hui se retrouve aussi chez des personnes qui ne sont pas autistes mais ont un autre handicap qui cause des contraintes similaires.

Outro

C’est tout pour aujourd’hui j’espère que vous avez appris des choses avec cette vidéo ! Si c’est le cas n’hésitez pas à lui mettre un pouce bleu et à la partager autour de vous.

Avant de partir je vous rappelle l’existence de uTip qui est la plateforme sur laquelle vous pouvez soutenir mon travail et cette chaîne.

YouTube c’est mon travail à plein temps et uTip c’est ma principale source de revenus, c’est avec ça que je mange *rit* donc c’est vraiment important, si vous en avez les moyens et vous le souhaitez.

Sur ce je vous souhaite une bonne fin de journée, et à dans deux semaines !

Annexes

Plus sur les difficultés d’adaptation dans l’autisme : https://www.instagram.com/p/CItnLXHgA7O/, un résumé d’une partie de « Développer l’estime de soit chez l’autiste » de Brigitte Harison

Ma vidéo sur la dysfonction exécutive : https://www.youtube.com/watch?v=YtP_ooNz5xU

Ma vidéo sur les intérêts spécifiques : https://www.youtube.com/watch?v=kbd0wvMFj5U

Ma vidéo sur les crises autistiques : https://www.youtube.com/watch?v=xVQuN3Oi634

Ma vidéo sur le contrainte alimentaire dans l’autisme : https://www.youtube.com/watch?v=ACbzNFahVt4

Ma vidéo « C’est quoi l’autisme ? » : https://www.youtube.com/watch?v=JpRtcjVLNro

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *