Pourquoi différent ne veut pas dire immoral (Sur les différences – et non l’absence – de la culture du consentement gay)

Cet article est une traduction de Why unfamiliar doesn’t mean unethical par Terence Andrews, initialement posté en anglais sur le substack Irresistible Damage.

Notes de traduction : J’ai choisis de garder le terme original de cruising dans le texte qui désigne ici la culture de la drague et du sexe gay, souvent sur des relations courtes (coup d’un soir, hook up…) et en extérieur. (parc, bar, sauna…) Le terme est aussi utilisé en français et il n’en existe pas vraiment d’équivalent à ma connaissance, cela m’a donc semblé être la solution la plus appropriée. Le terme femme quand il est écrit en italique, désigne le concept de femme dans la culture lesbienne (comme dans femme/butch), sinon il désigne le concept de femme (comme dans femme/homme).


J’adore le cruising. J’adore aller à Horsemeat Disco ou Unter ou d’autres soirées de ce genre, être torse nu, secouer mes seins (figurativement – j’ai fait ma mammec il y a des années), rouler des pelles au premier mec qui a attiré mon attention et se mettre d’accord, sans un mot, sur notre envie de partager ce genre de moment électrique sur la piste de danse. Je suis poilu et musclé, je me mélange sans accros avec les autres loutres, et, en général, je m’en sors plutôt bien dans les espaces gays qui apprécient une diversité de corps.

« Comment tu préviens ? » est une question que beaucoup d’homme trans qui ont des coups d’un soir avec des hommes cis se pose. Il n’y a pas d’unique bonne réponse, mais j’ai trouvé une méthode qui fonctionne pour moi : je ne le fais pas. Pas sur la piste de danse, pas quand un mec passe sa main par la ceinture déboutonné de mon pantalon et jusque dans mon slip. Je me dis que si quelqu’un décide de mettre sa main dans le froc d’un inconnu, il devrait être content de ce qu’il y trouve.

Heureusement, la pire chose qui me soit arrivé est que la personne se retire après un bref frottage poli et s’en aille. (Non, ce n’est pas vrai – une fois j’ai eu de multiple va-et-viens enthousiaste couplé avec un long monologue m’expliquant que j’étais un mélange divin d’énergie spirituelle masculine et féminine, ce qui, euh… non merci.) La plus part du temps, je m’en sors avec une branlette décente, et parfois un rendez-vous.

J’ai mis beaucoup de temps à en arriver là. L’histoire de ma transition est assez standard : j’ai fait mon coming-out lesbien à 17 ans, réalisé que j’étais un mec trans attiré par les hommes quand j’en avais 20 et passé la décennie qui a suivi a coucher avec un assortiment de personnes en tout genre et de tout genre, dans tous les configurations entre top, bottom, vanille et kinky. J’ai fini par me fixer dans une identité d’homme gay avec un soupçon occasionnel de bisexualité, mais j’ai passé la majorité de ma vingtaine à traverser différents espaces pro-sex : orgies gouines, scènes kinky pansexuelle, et évènement cuir gay cis.

Les raison pour lesquelles je me suis finalement posé avec les hommes gays sont multiples. Je n’ai pas cessé d’être attiré par les femmes ou les personnes polygenre, et je n’ai pas cessé d’avoir besoin de la communauté trans. Je n’ai pas pensé que coucher avec des hommes gays cis me causerait moins de problèmes. Mais il est devenu trop difficile de naviguer entre tous ces espaces différents, et après une énième rupture avec une autre personne trans queer avec laquelle je partageais beaucoup d’ami·es et d’espaces communautaires, j’ai simplement décidé d’aller me trouver de nouveau problèmes plus amusant.

Il était aussi devenu trop difficile de changer encore et encore de monde, mentalement et logistiquement. Les normes de drague, de cruising et de sex change du tout au tout entre les soirées sex entre gouines, les espaces kinky pansexuels et les orgies gays. J’ai le souvenir que les deux premiers se reposaient bien plus sur le consentement verbal, les négociations avant les scène (et bien que cela ne s’applique pas à tous les espaces, c’est suffisamment la norme pour que mes ami·es qui en font encore partie en parlent généralement en ces termes.) Pendant le cruising gay se repose traditionnellement sur un modèle de consentement non-verbal et des négociations simultanées aux actes. De la même manière qu’il peut être difficile de changer de langue d’une conversation à l’autre, il est devenu dur pour moi d’adapter ma manière d’approcher les gens en fonction du contexte dans lequel je me trouvais. La dernière chose que je voulais était de tripoter une femme sans lui avoir demander son avis ; l’autre dernière chose que voulais était de demander à un homme sexy en train de frotter sa bite contre moi sur la piste de danse si c’était ok que je l’embrasse.

Il n’y a pas de théorie unique pour expliquer pourquoi différentes normes culturelles se sont développées dans différents espaces queer et pro-sex. J’ai plein de théories sur comme le féminisme, l’histoire, les trauma et la socialisation aident à créer ces modus operandi – même s’il est bien sûr nécessaire de reconnaître qu’il existe aussi une diversité de pratiques au sein de chaque communauté – et il serait dangereux d’universaliser tout ça en une seule expérience ou histoire. Mais différents lieux sont différents les uns des autres. Il y a des raisons à cela – et différent de ne veut pas dire mauvais.

Il peut être effrayant d’entrer dans un nouvel espace pour la première fois. Il peut être déstabilisant de réaliser qu’il existe tout un monde de langage, gestes, références et signaux non-verbaux à apprendre. Mais, au fil des années, j’ai pu voir certains de mes camarades transmasc essayer d’imposer ces standards avec lesquels ils étaient familier dans ces nouveaux contextes et essayer de remplacer une culture du consentement qui leur était encore étrangère avec une qu’ils avaient déjà bien pratiquée.

Un jour, j’étais à une soirée principalement composée d’hommes gays cis et un bel homme en justaucorps m’a adressé la panoplie complète du cruising : contact visuel, sourir, pause, attente. Je me suis dirigé vers lui, j’ai mis mes bras autour de son cou et il m’a attrapé les fesses. Puis, soudainement, en voyant un des panneaux « DEMANDE AVANT DE TOUCHER » installer récemment dans le lieux – après qu’une personne trans les ait demandé – il a retiré ses mains et dit avec inquiétude : « Oh, euh, est-ce que je peux te toucher ? » J’ai soupiré et donné mon consentement verbal, mais j’aurais voulu qu’il se soit senti autorisé à suivre son instinct tout à fait correcte. Si je voulais échanger du consentement explicite avant d’être touché, j’aurais choisi une autre soirée.

Chaque groupe de personne a son histoire et ses besoins propres informés par cette histoire. L’accessibilité peut vouloir dire plusieurs choses, et ce qui fonctionne pour une orgie ne fonctionnera pas pour une autre. Que quelque chose soit différent ne veut pas dire qu’il est mauvais. Que les règles de consentement varient ne veut pas dire qu’elles cessent d’exister. Cela prendra du temps, de la pratique, et du travail sur votre capacité à connaître et affirmer vos limites, mais si vous êtes un camarade transmasc intéressé par les espaces de sexualités gays cis : allez vous faire des amis. Allez faire des erreurs. Allez trouver des ours, des mecs en cuir ou des reines du disco qui savent comment passer un bon moment et ont une vision libérée de ce que cela veut dire, parce qu’iels existent. Découvrez au fur et à mesure, et amusez vous !

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