Faux handicapés ?

Cet article est une retranscription de cette vidéo :


Bonjour et bienvenue sur ma chaîne, c’est H Paradoxae et aujourd’hui je vais vous apprendre à reconnaître une personne qui fait semblant d’être handicapée en trois étapes simples.

  1. Comprenez que ce n’est pas possible.
  2. N’essayez pas de le faire.
  3. Laissez nous tranquilles.

Et voilà ! Si cette vidéo vous a intéressés n’oubliez pas de lui mettre un pouce bleu et vous abonner. Sur ce je vous souhaite une bonne fin de journée et à dans deux semaines !

… oui bah ça va, c’est bon, je vais faire une vraie vidéo.

Introduction

Bonjour et bienvenue sur ma chaîne c’est H Paradoxae et aujourd’hui je vais vous expliquer pourquoi il n’est pas possible de savoir si une personne ment sur sont handicap et pourquoi il n’est même pas souhaitable d’essayer de le faire.

Si c’est la première fois que vous venez sur ma chaîne, bienvenue déjà, je m’appelle Alistair et pour que vous comprenez un petit peu ce qui se passe ici c’est important que vous sachiez que je suis moi même handicapé, physique et psy, et que me faire accuser de mentir sur mes handicaps c’est un peu ma spécialité dans la vie. Et si jamais vous êtes en train de vous dire : «Ah bon ? Ça doit quand même pas être si pire que ça. », je vous mets dans le i une petite compilation de 10 minutes d’insulte sur le sujet.

J’avais prévu une autre vidéo pour aujourd’hui à la base mais il y a eu un peu des remous dans l’actualité à propos de tout ça donc je me suis dit que c’était un bon moment pour adresser le sujet.

Pour celles et ceux qui n’auraient pas du tout suivi l’histoire, brièvement. Je vous présente Jameela Jamil, actrice, mannequin, et probablement d’autres trucs que j’ai oublié, qui a un SED : un Syndrome d’Ehlers-Danlos qui est une maladie chronique et ces derniers jours elle a subit une grosse vague de harcèlement en ligne et dans les médias en général qui l’accusaient entre autres choses de mentir sur tout ou une partie de ses handicaps.

Dans cette vidéo je vais m’appuyer sur un peu des exemples de mon propre vécu et de cette histoire là parce que c’est plus simple d’avoir un cas concret, mais notez que ce que je vais dire là est valable d’une manière plus générale et ne s’applique pas uniquement à ces cas précis.

Il n’est pas possible de savoir si quelqu’un ment sur son handicap

L’ignorance médicale

Le premier paramètre qui fait que beaucoup de personnes se plantent en essayant de discerner les vrais des faux handis, c’est qu’ils n’ont tout simplement pas les connaissances médicales pour comprendre ce qu’ils critiquent.

Un très grand classique de l’accusation de « faux handicapé » c’est : « Machin a dit qu’il était paraplégique mais je l’ai vu se lever de son fauteuil, donc c’est faux » et peut-être que vous qui regardez actuellement cette vidéo vous avez déjà entendu ce genre de choses et vous vous êtes déjà dit : « Ah bah oui c’est bien la preuve. » Sauf qu’en fait des personnes paraplégiques qui peuvent marcher il y en a… plein. Par exemple ici Richard Corbett, ou ici à Hannah Gavios qui a couru un putain de marathon.

Plus généralement, la majorité des personnes qui utilisent un fauteuil roulant peuvent se lever et marcher. Pas toutes, c’est vrai, pas tout le temps, pas dans toutes les circonstances, parfois pas sans aide, mais la majorité peut le faire dans une certaine mesure. Certaines peuvent même courir en fait ! Si le sujet vous intéresse et que vous voulez lire plus de témoignages dessus je vous mettrai des liens dans la description.

Beaucoup de gens s’imaginent que si une personne est paralysée alors elle ne peut pas du tout bouger, ou que si une personne utilise un fauteuil roulant alors elle ne peut pas du tout marcher. Et ces deux exemples (parmi tant d’autres) ils sont complètement faux ! Le problème c’est que beaucoup de gens croient encore à ces mythes là et que donc c’est facile de lancer une rumeur sur quelqu’un sur la base de ces mythes que tout le monde va croire alors même que la base de l’argumentaire est fausse.

Dans le même ordre d’idées beaucoup de personnes qui m’accusent de ne pas réellement être autiste le font avec des arguments de type : « Les personnes autistes ne peuvent pas faire ça et toi tu peux donc tu n’es pas autiste. » on m’a déjà dit par exemple plein de fois que je pouvais pas être autiste parce que je faisais du théâtre et que j’étais comédien, mais des comédiens autistes, y en a pleins ! Par exemple Hannah Gadsby ou Anthony Hopkins.

Et ce n’est pas grave de rien y connaître en médecine ou en psychiatrie, c’est même plutôt normal, mais c’est important de savoir qu’on n’y connaît rien pour ne pas baser notre jugement des autres et de leur santé sur des clichés et pas sur des connaissances.

Le handicap en tout ou rien

La deuxième chose qui nourrit ces accusations c’est le fait de penser les symptômes en absolu.

Je pense que le sujet pourrait mériter une vidéo complète mais en gros c’est important de comprendre que le handicap c’est rarement l’incapacité à faire des choses et bien plus souvent la difficulté à faire des choses.

Typiquement pour reprendre l’exemple de la marche, comme je le disais au dessus, la majorité des personnes à mobilité réduite ne sont pas dans l’incapacité totale et absolue de marcher. Beaucoup d’entre nous pouvons marcher mais on peut marcher beaucoup moins longtemps ou alors ça va nous faire très mal ou ça va être très fatigant ou alors ça va être dangereux parce qu’on a beaucoup plus de risques de tomber, etc.

Ainsi quand on parle de nos symptômes et des difficultés qu’ils causent au quotidien, quand on fait une action qu’on avait dit impactée par un de nos handicaps, on va souvent nous dire : « Ah tu vois ! Tu disais que tu pouvais pas faire ça, mais tu peux, donc tu n’es pas handicapé, tu as menti. » Sauf que ben ça marche pas comme ça la vie en fait ! Oui des fois pour simplifier ça peut m’arriver de dire des choses comme : « Je ne peux pas rester debout. » Mais des fois je suis obligé de le faire et je vais le faire, mais ça veut pas dire que j’ai menti.

Ça veut juste dire que quand je dis « Je ne peux pas rester debout. » en fait ce que je veux dire c’est : « Je peux rester debout mais ça va me faire très mal et je vais être obligé de prendre des opioïdes pour pouvoir dormir ce soir et j’ai pas envie de faire ce sacrifice aujourd’hui. »

Le handicap, une expérience transformante

Quelque chose d’autre qui induit souvent les gens en erreur c’est de ne pas comprendre qu’être handicapés, dans plein de cas, ça ne veut pas dire être valide mais avec des difficultés en plus, mais c’est en fait une situation qui va changer plein de choses dans notre vie, dans notre personnalité et qui est beaucoup plus complexe que ça.

A l’intérieur de l’impact que va avoir le handicap sur la manière dont on se construit il y a notamment deux choses qui entrent en jeu dans le sujet qui nous intéresse aujourd’hui et qui sont : les paramètres sur lesquels on fait des choix, et la manière dont on a des sentiments et dont on les exprime.

Faire des choix

Pour ce qui est des choix ce que je veux dire par là c’est qu’il n’est pas rare qu’on prenne des décisions qui paraissent contrintuitives pour des personnes valides et du coup comme ce qu’on fait ne paraît pas logique elles vont nous accuser de mentir.

Par exemple l’autre jour je promenais mon chien avec mon copain et j’avais plutôt mal donc j’avais demandé à mon copain de tenir la laisse pour éviter que je me blesse avec. Et à un moment de la promenade on arrive à l’endroit où j’ai l’habitude, quand je peux, de courir une ou deux minutes avec mon chien. Donc à ce moment là je me tourne vers lui et je lui demande de me passer la laisse quelques minutes pour que je puisse le faire comme d’habitude. Et là il me regarde un peu interloqué et il me dit : « Mais tu vas te faire mal. » et je lui dis : « Oui, je sais. »

Et typiquement, choisir de se faire mal volontairement c’est pas quelque chose de très logique pour les valides. Donc quand on fait quelque chose dont on dit qui est douloureux pour nous, on va souvent nous dire : « Ah bah tu vois finalement si tu décides de le faire c’est que ça doit pas faire si mal que ça. »

Sauf que non, c’est vraiment douloureux, mais moi je vais avoir mal toute ma vie, cette maladie là elle ne va jamais partir. Donc oui dans une majorité de cas j’essaie d’être raisonnable et de limiter mes blessures et ma douleur mais il y a aussi des moments où je sais ce que je risque, je sais que je vais me faire mal je sais comment je vais me faire mal, mais je pense que le bonheur que cette action va m’apporter, en l’occurrence par exemple courir deux minutes avec mon chien, elle vaut le prix que ça va me coûter.

Et effectivement pour une personne valide qui peut faire plein de choses sans se faire mal va choisir ces choses là. Mais moi il y a rien que je peux faire sans me faire mal donc oui des fois je choisis de faire des choses en sachant qu’elles vont faire mal, et non, ce n’est pas parce que je mens sur ma douleur, c’est juste parce que je n’ai pas d’autre choix et que moi je fonctionne comme ça.

Une manière particulière de s’exprimer

La deuxième chose dont je parlais c’est que des fois on vit et on exprime certaines choses différemment.

Typiquement dans l’affaire autour de Jameela Jamil il y avait plusieurs fois des gens qui l’avait accusée de mentir quand elle disait : « Juste avant cet événement je m’étais cassé le bras. » ou « Juste avant cet événement j’étais très malade de telle manière. » Et les accusations se basait sur le fait qu’elle avait pas vraiment l’air de souffrir à ces événements-là, et que donc son témoignage devait être faux.

Mais ce qu’il faut bien comprendre c’est que Jameela Jamil, et moi, on a mal h24. Donc oui, forcément, on est capable de faire des choses en ayant mal, et on va pas me montrer notre douleur comme les autres. C’est le cas de plein de personnes avec des douleurs chroniques, mais plus généralement c’est le cas de plein de personnes handicapées.

Les personnes valides ont tendance à juger nos réactions à nos symptômes, à nos douleurs etc. en les comparant à comment elles, elles réagiraient aux mêmes symptômes. Sauf que nous c’est des symptômes auxquels on est habitués donc forcément notre réaction est différente.

Oui, certains d’entre nous ont la capacité de faire des interviews souriante tout en ayant une fracture non-traitée. Oui certains d’entre nous peuvent tenir une conversation tout en ayant des hallucinations. Oui certains d’entre nous peuvent parler d’événements extrêmement violents sur un ton banal.

Et non ce n’est pas parce qu’on mens sur l’intensité de ces symptômes ou sur la gravité de ces événements, mais juste parce qu’on est handicapé·e·s ou malades depuis des années, qu’on le sera pour le restant de nos jours et qu’à un moment, oui, on a plus ou moins appris à vivre avec.

Vous ne connaissez pas nos vies

Un autre paramètre qui fait que les gens pensent que l’on ment c’est qu’ils mésestiment la connaissance qu’ils ont de nos vies. Personnellement ça m’est devenu particulièrement apparent quand j’ai commencé à être victime de ce genre de comportements parce que, ben évidemment, je connais relativement bien ma propre vie, et que du coup je vois vachement l’écart entre ce que les gens en disent ce que je vis vraiment.

Et c’est tout particulièrement vrai pour les personnalités publiques parce que les gens ont l’impression d’avoir beaucoup d’informations du fait de ce qui est dans la presse et de ce qu’on dit sur nos réseaux sociaux par exemple, et ne se rendent pas compte que cette information est complètement partielle.

Moi, ça m’arrive encore très régulièrement d’avoir des gens qui commentent sous mes vidéos ou qui m’envoient des messages même, pour me dire : « Ah non tu es pas vraiment autiste parce que tu n’as pas tel symptôme. » alors que c’est des symptômes que… j’ai. En fait. C’est juste que je n’en ai jamais parlé.

Ce n’est pas parce que certaines personnes partagent publiquement des informations sur leur handicap ou leur santé qu’elles partagent tout, et c’est pas parce qu’on n’évoque pas une chose en particulier qu’on n’est pas concerné par ce symptôme.

Dans l’affaire autour de Jameela Jamil par exemple on l’accusait d’avoir menti sur un accident de voiture qu’elle aurait eu, parce que dans un article elle le présentait comme un accident grave, qui avait eu des grosses conséquences sur sa santé, et dans un autre article comme un accident bénin qui n’avait pas vraiment eu de conséquences. Du coup en voyant ces deux informations un peu contradictoires, les gens se sont dit : « Bon bah c’est la preuve qu’elle ment. » sauf qu’en fait ce qui s’est passé pour de vrai c’est que dans sa vie elle a eu deux accidents de voiture, ce qui n’est pas extrêmement farfelu, et que ces deux articles ne parlaient pas du même événement.

Ça, typiquement, c’est encore un cas où les gens déduisent qu’il y a des problèmes dans le témoignage de quelqu’un sans se rendre compte qu’en fait ils n’ont qu’une partie de l’information.

Et c’est aussi important de se rendre compte que tout ce que l’on lit et tout ce que l’on entend n’est pas forcément exact.

Moi par exemple ça m’est déjà arrivé deux fois que je dise : « J’aime bien machin. » Et que dans l’article à la fin ce soit écrit : « Inspiré par machin, il devient youtubeur. » alors que c’était des gens dont j’avais appris l’existence bien après avoir commencé à faire ma chaîne.

Ou encore très récemment dans Télérama il y a quelques semaines j’explique à une journaliste que je suis autiste et que j’ai des douleurs chroniques, mais que mes douleurs chroniques sont causées par une autre maladie, pas l’autisme. Je fais bien attention à préciser ça parce que je sais que les gens sont parfois confus. Et la semaine d’après dans l’article : « Alistair a des douleurs chroniques parce qu’il est autiste. »

Déjà ce genre de choses c’est grave parce que ça fait de la désinformation. Mais en plus derrière nous on se retrouve avec des gens qui viennent nous demander des comptes, et nous dire « Oui tu as dit ça dans telle vidéo et dans l’article qui a écrit ça sur toi, c’est pas cohérent. » Ben oui mais c’est pas parce que j’ai menti c’est parce que les journalistes ne savent pas faire leur travail en fait.

Ça fait beaucoup là, non ?

Et enfin, mais c’est lié à tout ce que je viens de dire au dessus, il y a le fait que les gens s’imaginent pouvoir jauger correctement la crédibilité d’une situation. Je vais nommer sa l’argument du :

GIF de Mister V disant "Ca fait beaucoup là, non?"

Par exemple, on a dit à propos de Jameela Jamil : « Ah oui ? Elle a une maladie génétique qui cause des douleurs chroniques, et elle est sourde, et elle a des allergies graves ?« 

GIF de Mister V disant "Ca fait beaucoup là, non ?"

Ou à moi on dit souvent : « Ah oui ? T’es un trans autistes alcoolique gay avec l’endométriose et qui a en plus un stress post traumatique, des troubles de l’attention et une maladie chronique génétique ? »

GIF de Mister V disant "Ca fait beaucoup là, non ?"

Non, ça fait pas beaucoup. La maladie génétique que Jameela a a comme comorbidités très courante la surdité et des allergies, du coup c’est logique qu’elle ait les trois, c’est pas du tout improbable, au contraire.

De la même manière, moi la maladie génétique que j’ai c’est une maladie qui est lié au collagène or 30 % des personnes autistes ont une maladie liée au collagène, et ces maladies là augmente le risque d’avoir de l’endométriose et à côté de ça les personnes autistes sont bien plus lgbt que la majorité de la population et du côté des mecs trans on retrouve un mec trans sur quatre qui est alcoolique, c’est énorme.

Ma situation, ou celle de Jameela, non-seulement elles sont vraies mais en plus non elles ne sont pas improbables, au contraire elles sont statistiquement plutôt logiques et courantes.

Le problème c’est qu’on s’imagine d’un côté qu’être handicapé c’est rare, alors que c’est pas vrai, on s’imagine que des maladies précises sont rares alors que c’est pas vrai et on s’imagine aussi qu’avoir plusieurs handicaps ou plusieurs maladies en même temps c’est quelque chose d’improbable, alors qu’au contraire, avoir une maladie ou un handicap augmente ses chances d’en avoir d’autres. Et c’est plutôt logique, plus tu as des problèmes de santé, plus tu es fragile, plus tu risques d’avoir des problèmes de santé.

Mais quand bien même nos situations de seraient effectivement statistiquement improbables, des choses improbables et qui pour autant sont vraies, il y en a, ce n’est pas un argument pour accuser quelqu’un de mentir.

Il n’est pas souhaitable de faire la chasse aux faux handicapé·es

Tous ces paramètres là font qu‘il est globalement impossible de dire avec certitude qu’une personne ment sur son handicap ou ses problèmes de santé, mais en dehors du fait que c’est pas possible, c’est également dangereux.

Le mythe du privilège handicapé

Alors évidemment c’est dangereux parce qu’on se fait harceler, ce qui est déjà pas rien, mais en dehors de ça toutes ces campagnes, toutes ces recherches, toutes ces accusations, elles nourrissent le mythe que « les gens qui font semblant d’être handicapé c’est un problème de société », et c’est faux en fait.

Déjà juste pourquoi mentir sur le fait qu’on est handicapé·e·s ? A quoi ça sert ? Pourquoi on ferait ça ? Pour avoir des aides financières ? Personnellement moi je pense que si on est prêt à faire des dizaines de pages de paperasse à renouveler tous les deux ans et à attendre pendant des mois qu’on nous accorde peut-être de vivre en dessous du seuil de pauvreté avec interdiction de vivre en couple, c’est qu’on a vraiment besoin d’argent et qu’on a vraiment des difficultés à travailler. Donc je pense que cet argent on doit nous le donner et qu’on est effectivement probablement handicapé.

Est-ce qu’on ferait semblant d’être handicapé parce qu’on a la flemme et que c’est reposant ? Encore raté ! Être handicapé c’est pas reposant je vous promets. Par exemple on accuse souvent les gens qui marchent avec des béquilles ou avec une canne de faire ça juste pour qu’on leur laisse des places assises dans les transports.

Mais encore une fois si vous êtes prêts à utiliser des béquilles ou des canes qui ne sont pas particulièrement confortables, qui peuvent faire mal aux poignets, mal aux épaules, qui avec l’usage, comme c’est déséquilibré et comme tu boites, peuvent causer des problèmes de colonne vertébrale etc. Si tu es prêt à prendre tout ce fardeau sur toi juste pour pouvoir s’asseoir dans le métro c’est probablement que tu as vraiment besoin de t’asseoir dans le métro et donc qu’on doit te laisser t’asseoir dans le métro, et que tu es vraiment handicapé·e.

Et pareil pour les fauteuils roulants. J’ai déjà entendu dire : « Oui mais il y a des gens qui utilisent des fauteuils roulants alors qu’ils en ont pas besoin. » Mais pourquoi on ferait ça ? Se déplacer en fauteuil roulant, en dehors du fait que ça implique de payer des milliers d’euros pour avoir un fauteuil roulant, ce qui en général n’est pas un truc que tu fais juste pour t’asseoir dans la rue, c’est aussi décider de déplacer plus que son propre corps parce que tu déplaces aussi le poids du fauteuil, avec tes bras plutôt que tes jambes alors que c’est des membres qui en général sont moins musclés, et dans un milieu qui est moins accessible aux fauteuils roulants qu’à la marche, donc quand on n’a pas de difficulté à marcher, se déplacer en fauteuil roulant c’est beaucoup plus fatigant et c’est beaucoup plus compliqué.

Donc non, il n’y a aucune bonne raison d’utiliser un fauteuil roulant quand on en a pas besoin parce que ça n’aide pas si on n’en a pas besoin. Si quelqu’un utilise un fauteuil roulant et que ça l’aide c’est qu’il en a besoin, c’est qu’il est handicapé, c’est tout.

Et quand on dit qu’il y a des gens qui font semblant d’être handicapés ça sous-entend qu’il y a des avantages inhérents au fait d’être handicapé, et ça nourrit ce mythe. Or, vous vous doutez bien que quand on est handicapé·e, vivre dans un monde où il y a des mythes comme : « Il y a des privilèges à être handicapé·e, et du coup plein de gens le font semblant de l’être. » ça a des conséquences plutôt néfastes sur notre quotidien.

Restriction de l’accès aux aides

En dehors de tout le harcèlement, notamment en ligne mais pas que, ce qui encore une fois n’est pas anodin, il y a aussi le fait que du coup tous les aménagements, toutes les aides, tous les outils dont nous avons besoin pour vivre dignement au quotidien sont beaucoup plus difficiles d’accès. Parce que c’est sur la base de ces croyances là que les institutions, les entreprises, le personnel médical, etc. nous mettent volontairement des bâtons dans les roues pour nous empêcher d’accéder à nos droits, sous prétexte de filtrer les « faux handicapés ».

Or, des personnes handicapées qui ont besoin de ces aides-là et de ces droits-là mais qui ne peuvent pas les avoir parce qu’elles ne peuvent pas passer les barrières qu’on a mis pour filtrer les « faux » des « vrais » handicapés j’en rencontre tous les jours. Des gens qui vivent avec 300 balles par mois parce qu’ils ne peuvent pas travailler plus, mais qu’en même temps ils n’ont pas la capacité de remplir les dizaines et les dizaines de pages qu’il faut pour demander une allocation adulte handicapé, j’en connais plein.

Et ces situations là elles sont directement causée par l’idée que si on donnait les aides trop « facilement » on aurait des hordes de faux handicapés dans nos rues et dans nos CAF et c’est pas vrai. C’est juste qu’on est nombreux et on a besoin d’aides on a le droit d’accéder à ces aides-là sans être constamment fliqués sur moindres détail de nos vies et sur la moindre de nos paroles.

Mais ça arrive, quand même, non ?

Tout ceci étant dit, oui, il peut arriver de manière très anecdotique que des personnes fassent semblant d’être handicapées. mais ce n’est absolument pas d’une part aussi courant que ce qu’on essaye de vous faire croire et surtout, surtout, ce n’est pas aussi grave. Parce que la vérité c’est qu’en général… on s’en fout.

Imaginons qu’une personne fasse semblant d’être handicapée. Quel est le problème ? Qu’est-ce que ça cause de grave ? Parce que moi personnellement euh… j’en ai rien à foutre.

L’argument qu’on entend souvent c’est : « C’est irrespectueux pour les vrais handicapés. » Mais personnellement j’ai mille fois moins de problème au quotidien avec des gens qui font semblant d’être handicapés qu’avec les gens qui essayent de savoir si je suis vraiment handicapé. La vérité c’est que ce qui nous gêne vraiment, et ce qui nous est vraiment dommageable au quotidien c’est les filtres pour essayer de virer les personnes qui font semblant d’être handicapées, pas les personnes qui ferait semblant d’être handicapées.

Donc pour moi ce qui est « irrespectueux envers les vraies personnes handicapées » c’est d’essayer de vérifier qu’elles sont vraiment handicapées, ça c’est un problème oui. Moi je préfère largement qu’on laisse deux trois personnes par-ci par-là faire semblant d’être handicapé plutôt que de risquer d’harceler des personnes réellement handicapées et de réduire leur accès aux soins par suspicion. Si vous voulez sincèrement le bien des personnes handicapées, je vous jure que ne pas essayer de savoir si on est vraiment ou pas handicapé c’est la bonne solution.

Et les troubles factices ?

Avant de vous laisser je voudrais revenir sur une chose qu’on nous dit souvent quand on pense qu’on fait semblant d’être handicapé qui est : « Tu as un syndrome de Münchhausen. » Le Syndrome de Münchhausen, qu’on appelle aussi trouble factice et c’est le terme que je vais utiliser ici parce que de ce que j’ai lu des patients concernés c’est plus respectueux, c’est une maladie dans laquelle la personne ressent le besoin de faire semblant qu’elle est malade, notamment pour qu’on s’occupe d’elle, et qui parfois va provoquer volontairement des symptômes pour nourrir son propos.

Du coup vous imaginez bien comment dans une situation où on juge les symptômes de quelqu’un pas très crédibles on va aller lui dire : « Je ne crois pas, je pense que tu as plutôt un syndrome de Münchhausen. » Et il y a plusieurs problèmes avec ça.

Le premier problème c’est que bien souvent le trouble factice est beaucoup plus rare que les handicaps qu’on accuse d’être simulés. Typiquement comme je le disais ma situation ou celle de Jameela Jamil ce ne sont pas des choses qui sont rares du tout. Des gens qui ont les mêmes problèmes de santé j’en connais plein. Du coup face à ça, l’argument de : « Ce que tu me dis me paraît improbable donc je pense plutôt que tu as un trouble factice. » alors que le trouble en question est plus rare que la chose qu’on accuse de mentir ça n’a pas de sens en fait.

Et le deuxième problème c’est qu’avoir un trouble factice c’est avoir un trouble comme son nom l’indique.

C’est pas « Mentir et se faire de l’argent sur le dos des vrais handicapés. » C’est : « Être réellement malade, être réellement handicapé juste pas de la manière dont on le dit. »

En admettant que certaines personnes à qui on dit : « Non tu mens, tu n’as pas ce handicap, tu as un syndrome de Münchhausen » aient effectivement un trouble factice, ça reste une réaction de merde. Les personnes avec un trouble factice n’ont pas besoin qu’on les harcèle et qu’on les accuse d’être des menteuses profiteuses et manipulatrices. Elles ont besoin qu’on les soigne et qu’on les écoute.

Je le dis, et je le redirai autant de fois qu’il le faudra, en tant que personne handicapée et malade chronique, je considère les personnes qui ont un trouble factice comme mes pairs et comme mes camarades et certainement pas comme mes ennemies.

Conclusion

Tout ceci fait donc que oui, dans tous les cas, accuser une personne de mentir sur ses handicaps c’est un comportement qui est délétère et qui est à bannir.

Et oui, même si vous n’aimez pas les gens en question.

Parce que j’ai souvent vu ce genre de comportements de la part de personnes qui avaient des différends politiques avec les personnes qu’elles accusaient et qui parfois avait des critiques à leur faire qui par ailleurs était tout à fait valables, mais si vous n’êtes pas capable de critiquer politiquement quelqu’un sans l’accuser de faire semblant d’être handicapé, vous êtes juste validistes en fait.

Par ailleurs tout ça est très liée au mythe que les personnes handicapées sont des genres d’ange innocent et pur et c’est faux. Les personnes handicapées, comme les autres, disent de la merde et elles disent de la merde au sujet du handicap des fois, et ça ne veut pas dire pour autant qu’elles font semblant d’être handicapées.

J’espère que cette vidéo vous aura permis de comprendre un peu mieux les enjeux autour de tous ces sujets. Si c’est le cas, pensez bien lui mettre un pouce bleu et à la partager autour de vous. Si vous avez des questions ou des témoignages n’hésitez pas dans les commentaires je les lis toujours. Et si vous voulez être au courant des nouvelles vidéos sur cette chaîne pensez bien vous abonner.

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Sur ce je vous souhaite une bonne fin de journée et dans deux semaines.

Annexes

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