Baiser sans se pénétrer

Baiser sans se pénétrer

Avez-vous entendu la bonne nouvelle ? Il est possible d’avoir des rapports sexuels sans pénétration, et même d’aimer ça ! Dans divers milieux qui se demandent comment avoir des rapports sexuels différents des représentations les plus courantes et normées, c’est une affirmation qui devient de plus en plus commune. Et c’est bien ! Ce dont on discute moins en revanche c’est – comme souvent – comment faire en pratique. La réponse, si elle existe, se limite fréquemment aux pratiques sexuelles orales et à la masturbation mutuelle qui, toutes funs qu’elles puissent être, ne sont pourtant qu’une petite partie des options.

La question des rapports non pénétratifs est revenue particulièrement fréquemment dans ma vie comme dans les témoignages d’autres personnes que j’ai pu rencontrer, notamment je pense car je suis un homme trans gay et que j’en fréquente beaucoup. Dans nos parcours, la tension entre vouloir s’échapper d’un rôle sexuel féminin hétéro (impliquant généralement d’être pénétrés vaginalement) et ne pas savoir comment ou ne pas se sentir capable d’autre chose est courante. Je fais aussi du vaginisme depuis plus longtemps que je n’ai une vie sexuelle, et j’ai donc passé une bonne partie des 13 dernières années à avoir des rapports non pénétratifs : en tant que fille puis en tant qu’homme, dans des relations hétéros puis dans des relations gays. Il est grand temps de mettre ce panel d’expériences à profit !

Si le désir d’avoir des relations sexuelles sans pénétration est plus courant dans certaines populations, il n’en reste qu’il peut concerner tout le monde : femme, homme ou non binaire, cis ou trans, hétéro ou pas. Les pratiques non pénétratives peuvent bien sûr être différentes d’une personne à l’autre, mais elles ont l’avantage de moins dépendre de l’anatomie de chacun·e que les pratiques pénétratives. Dans cet article, donc, toutes les propositions s’adressent à toutes les personnes intéressées, indépendamment de leur genre, de leur orientation sexuelle, et de celleux de leurs partenaires. Elles peuvent-être réalisées peu importe les organes génitaux des personnes impliquées, avec ou sans jouets ou prothèses pour les transformer ou les remplacer.

La question de vouloir des rapports non pénétratifs est également souvent abordée dans l’idée que la personne dont il serait attendu qu’elle soit pénétrée ne le veut pas, et qu’il faut donc trouver une alternative. Pas de ça ici ! D’une part, il arrive que personne n’ait envie de pénétration, et il ne s’agit alors pas de trouver quelque chose à faire « à la place ». Mais aussi, il est tout à fait possible pour une personne dont il serait attendu qu’elle soit pénétrante de ne pas vouloir l’être. Les propositions présentées dans cet article visent à répondre à tous ces cas de figures sans les hiérarchiser.

Les pratiques non-pénétratives ne sont par ailleurs pas exclusives. Il est possible d’avoir des rapports pénétratifs, de les aimer, et de vouloir continuer à en avoir tout en souhaitant explorer plus souvent ou différemment les pratiques non pénétratives pour varier. Cet article se concentre plutôt sur les vie sexuelles exclusivement sans pénétration, mais je serai ravi que qui que ce soit s’en inspire pour explorer d’autres choses en plus de la pénétration !

Enfin, cet article se concentre plutôt sur les rapports sexuels à deux, mais la majorité des propositions peuvent aussi être pratiquées seul·e ou dans des rapports sexuels en groupe.

Un peu de pénétration quand même ?

Parmi les personnes qui s’intéressent aux pratiques sexuelles non pénétratives, certaines ne s’intéressent qu’à cela, et c’est bien légitime ! Si c’est votre cas, je vous invite à passer directement à la partie suivante.

Néanmoins, il me paraît utile de dire que parmi elles se trouvent aussi des personnes qui veulent s’écarter d’un certain type de pénétration (souvent, s’écarter du sexe pénis-vagin, mais pas toujours) et/ou des personnes qui ne veulent pas être pénétrées ou pas être pénétrantes.

Pour celles-ci, l’exploration de la pénétration sous d’autres forme peut-être intéressantes, notamment :

  • Pénétration anale mais pas vaginale, ou vaginale mais pas anale (selon la pénétration que l’on cherche à éviter)
  • Pénétration avec un ou des doigts
  • Pénétration avec la langue
  • Pénétration avec des jouets (notamment gode ou plug)

Ces changements peuvent paraître superficiels, et pour certaines personnes ces pratiques poseront effectivement les mêmes problèmes que la pénétration par un pénis, mais, pour d’autre, les enjeux physiques comme émotionnels peuvent être différents.

Les doigts et jouets présentent des tailles et une ergonomie différentesqui peuvent être plus accessibles ou confortables pour les personnes pour qui être pénétré·e est physiquement difficile mais peut tout de même être voulu et agréable. J’en profite aussi pour rappeler que, outre l’usage du lubrifiant, l’usage de gants peut grandement changer l’expérience de la pénétration digitale en réduisant la friction, les reliefs (corne, ongles…) et la présence de bactéries. L’usage de préservatifs sur les jouets peut remplir le même rôle, mais ceux-ci sont généralement plus lisses et faciles à insérer.

Pour les personnes pour qui s’éloigner de la pénétration est un enjeux émotionnel (trauma, dysphorie, ou juste « je ne me sens pas à l’aise à cette place ») mais peut rester physiquement agréable, explorer des dynamiques de pénétration différentes qui n’impliquent pas forcément les organes génitaux d’autrui (pour la personne pénétrée) ou nos propre organes génitaux (pour la personne non pénétrée) et qui est plus centré sur le plaisir de la personne pénétrée que le plaisir de san partenaire, peut être intéressant.

Notez que – à part celle avec la langue, même si je sais qu’il y a plein d’hypermobiles dans mon lectorat ! – les pénétrations listées ci-dessus sont réalisables par la personne pénétrée elle-même, y compris lors de rapport sexuels avec d’autres personnes. « J’aime me doigter mais je ne veux pas que quelqu’un d’autre le fasse. » est une limite tout à fait acceptable dans un rapport sexuel. Dans ce cas de figure, il est aussi possible de rediriger votre partenaire vers quelque chose que vous aimeriez qu’iel fasse pendant que vous vous pénétrer vous-même, par exemple vous embrasser, vous tenir, vous caresser, vous masturber, etc. À l’inverse, il est aussi tout à fait possible de ne pas vouloir pénétrer un·e partenaire mais de rendre clair que nous n’avons pas de problème à lae voir se pénétrer d’autres manières en notre compagnie.

Par ailleurs, si le problème n’est pas avec la pénétration dans son ensemble, mais avec la place que vous y avez occupée jusqu’ici (pénétré·e ou pénétrant·e), il n’est jamais trop tard pour changer de rôle. J’ai passé 10 ans à penser que je n’aimerai jamais que les pratiques sexuelles non pénétratives, mais j’ai fini par découvrir que j’étais tout à fait capable d’aimer la pénétration, si tant est que ce n’était pas moi qui était pénétré !

Enfin, il me semble utile de noter que les difficultés liées à la pénétration ont parfois des causes traitables, qu’elles soit physiologiques ou psychologiques. La kiné, la dilatation, les traitement hormonaux (locaux ou généraux), les traitements qui aident les érections, la thérapie, etc. sont autant d’outils qui peuvent permettre à certaines personne de (re)trouver de la marge de pénétration, des fois « complète », des fois partielles (par exemple, (re)trouver la capacité à être pénétré·e avec un doigt, mais pas plus, (re)trouver des érections qui permettent certaines pénétration mais pas toutes, ou pas longtemps, etc.)

Cela ne veut absolument pas dire que toute personne qui rencontre des difficultés liées à la pénétration doit d’abord tenter de les traiter avant de se « résoudre » à avoir des rapport non pénétratifs. Il est tout à fait acceptable de ne pas tenter de soigner du vaginisme ou de la dysfonction érectile, par exemple, car l’on ne souhaite de toute façon pas être pénétré·e ou pénétrer, ou que l’on trouver notre temps bien mieux investi ailleurs.

Mais ces difficultés peuvent être douloureuses et/ou frustrantes pour certaines personnes. Elles peuvent aussi impacter d’autre choses que la sexualité. L’atrophie vaginale, par exemple, augmente les risques d’infections urinaires. Le vaginisme rend difficile ou impossible certains tests médicaux comme les frottis. Enfin, sans qu’il s’agissent d’une question de fonction ou de santé, il est aussi possible de désirer plus de contrôle sur son corps et que le traitement de ces difficultés soit une question d’agentivité. Quoiqu’il en soit, il est acceptable de chercher des traitements pour ces difficultés.

Ce parcours n’a par ailleurs pas l’obligation d’être linéaire. Il est possible de ne pas vouloir traiter une difficulté pendant une période où l’on s’épanouit sans et/ou où l’on a pas les ressources pour le faire confortablement, et de s’y essayer plus tard lorsque la situation est différente. Tout comme il est possible de prendre part à des traitements un temps, puis de les arrêter s’ils ne marchent pas, que le résultat actuel nous convient, ou que ne nous souhaitons plus le faire. Il est normal que nos besoins, désirs, priorités et ressources fluctuent au cours de notre vie, et que les décisions que l’on prenne vis-à-vis de notre corps et de notre sexualité ne soit pas les mêmes tout au long de notre vie.

Les pratiques orales

Avant d’aller plus loin, je tiens à noter que tout le monde n’a pas la même définition de « pratique sexuelle non pénétrative ». La majorité des personnes ne semble pas considérer que les rapports oraux soient pénétratifs, mais cela reste subjectif, surtout dans les pratiques plus « intenses » comme le face-fucking ou la gorge profonde.

Cela n’est dans tous les cas pas réellement important : qu’une pratique soit pénétrative ou non, si elle ne vous plaît pas, vous n’avez pas à y prendre part. Mais, dans mon parcours, j’ai été très blesséque les ressources sur les pratiques non pénétratives se résument souvent à « faites vous baiser la bouche à la place. » Je tenais donc à verbaliser mon empathie pour les personnes qui ressentiraient la même chose et promettre qu’il y aura plus que ça dans cet article.

Pour beaucoup de personnes, néanmoins, le sexe oral est une des manières d’avoir des rapports sexuels sans pénétration. On pense bien sûr à la fellation et au cunnilingus, mais d’autres pratiques ou nuances sont parfois oubliées.

Des nombreuses zones érogènes autre que le pénis ou le clitoris peuvent être stimulées par la bouche et/ou la langue. Pour rester dans ce qui est le plus strictement considérer comme des pratiques sexuelles :

  • Les testicules
  • Les grandes et petites lèvres
  • L’entrée du vagin sans forcément inclure de pénétration
  • L’anus sans forcément inclure de pénétration
  • La zone entre l’anus et les parties génitales

Mais aussi, d’autres parties du corps, suivant les préférences de chacun·es : les tétons, le cou, les oreilles, les cuisses, les pieds…

Comme toujours, il peut aussi être bon de remettre en question ce que l’on imagine comme étant la bonne ou seule manière de prendre part à ces pratiques. Par exemple :

  • Il est acceptable de donner de la stimulation orale sans en recevoir en retour.
  • Il est acceptable de recevoir de la stimulation orale sans en donner en retour.
  • Il est possible pour tout rapport oral de se faire sans érection.
  • Il est possible de faire une fellation sur un strap-on, un gode ou un packer*.
  • Il est possible pour tout rapport oral d’être fait partiellement ou complètement par dessus les vêtements.
  • Il est possible pour tout rapport oral d’être plutôt guidé par la personnes qui donne ou par la personne qui reçoit.
  • Il est possible pour tout rapport oral d’être protégé, par préservatif ou digue dentaire, pour des raisons de réduction des risques d’IST ou d’autres, comme des raisons sensorielles pour la personne qui donne ou reçoit. (Changer de lubrifiant, de préservatif et/ou de digue peut aussi rendre l’expérience plus agréable, selon les personnes.)

* J’en profite pour préciser que n’importe qui a le droit de porter ou d’utiliser un strap-on, un gode ou un packer. Ces outils ne sont pas réservés aux personnes d’un certain genre, ou qui n’ont pas de pénis, ou pas un qui puisse pénétrer. Il est acceptable de ne pas vouloir utiliser ses organes génitaux pour certaines pratiques et de préférer d’autres options, même lorsque ce n’est pas physiquement nécessaire. Cela est vrai pour la pénétration vaginale et anale, mais aussi pour les rapports oraux et toutes les autres pratiques proposées dans cet article.

La masturbation

L’autre pratique souvent proposée comme une manière d’avoir des rapports non-pénétratif est celle de la masturbation. Comme pour les pratiques orales, si la masturbation est effectivement une bonne option, elle souffre parfois d’une définition un peu restreinte. Parmi les choses utiles à garder en tête, on peut notamment nommer :

  • Il est acceptable de vouloir se masturber en compagnie d’un·e partenaire sans vouloir être masturbé·e par ellui. (À nouveau, dans ces cas de figure, il est souvent utile de communiquer sur ce que lae partenaire peut faire d’autre pour vous accompagner pendant ce temps.)
  • Il est acceptable d’aimer tenir compagnie à un· partenaire qui se masturbe sans vouloir lae masturber ou nous mastruber aussi.
  • Il est acceptable de mastruber un·e partenaire sans vouloir être masturbé·e en retour.
  • Il est acceptable d’être masturbé·e par un·e partenaire sans vouloir lae mastruber en retour.
  • Il n’est pas nécessaire d’avoir une érection pour être masturbé·e.
  • Il est possible de se masturber et/ou d’être masturbé·e par dessus ses vêtements. (Y compris pour les personnes susceptible d’éjaculer, tant que l’on a une paire de sous-vêtements, voire vêtements, de rechange à portée de main.)
  • Il est possible d’utiliser du lubrifiant lors de la masturbation, peut importe les organes impliqués.
  • Il est possible d’utiliser des gants à usage unique pour masturber ou se masturber, notamment pour diminuer la douleurs ou les problèmes sensoriels liés aux frottements ou la texture du lubrifiant, de la cyprine ou du sperme. Cela peut aussi limiter les risques d’infections urinaires, ou aider les personnes avec des TOCs de contamination ou de propreté.

Comme pour les pratiques orales, même s’il ne s’agit plus exactement de masturbation, il reste bon de préciser qu’il existe plein de manière de stimuler sexuellement un·e partenaire avec ses mains sans impliquerses organes génitaux. Une personne qui ne souhaite pas être touchée à ce niveau peut quand même apprécier d’être caressée, massée, effleurée, attrapée, pincée, griffée, et plus généralement stimulée sur d’autres zones érogènes : les tétons, les oreilles, les cheveux et le scalpe, le dos, les cuisses, les pieds…

Le frottage

Pour les besoin de cet article, j’utiliserai le terme « frottage » pour désigner toutes les pratiques qui consistent à presser ou frotter ses parties génitales contre autre chose, qu’il s’agisse d’un objet ou d’une partie du corps d’un·e partenaire. Le terme humping est aussi courant. Les deux n’ont pas toujours les mêmes définitions d’un milieu à l’autre. En anglais, frottage est souvent utilisé comme cela défini ci-dessus, alors que frot ou frotting désigne plus spécifiquement le frottement pénis contre pénis, mais les termes ont l’air de se mélanger en français.

Parmi les pratiques les plus courantes on retrouve notamment :

  • Se frotter contre un coussin mis entre les jambes
  • Se frotter contre la cuisse d’un·e partenaire
  • Se frotter contre les parties génitales d’un·e partenaire ou se frotter mutuellement l’un·e contre l’autre

Comme toujours, il est possible de pratiquer le frottage de bien d’autres manières moins souvent représentées, notamment en utilisant d’autres parties du corps : les mains, les pieds, le visage (souvent une pratique hybride avec les rapports oraux), les aisselles, les fesses… Il est aussi possible de pratiquer le frottage contre d’autres objets que le traditionnel polochon, en portant attention au nettoyage des surfaces avant et après dans le cas où le humping est pratiqué nu·e. Enfin, il existe des jouets faits pour être utilisés en friction plutôt qu’en pénétration, notamment les galets vibrants.

Un des avantages du frottage est qu’il peut permettre à une personne de se stimuler d’une manière qu’elle contrôle (lorsque c’est son mouvement qui produit le frottement) sans avoir à toucher ses organes génitaux directement. Pour les personnes pour qui les rapport sexuels et/ou la masturbation sont compliquées par un rapport difficile à leur propre corps ou organes (notamment pour des raisons de trauma, de dysphorie, ou de complexes physiques) il peut être plus accessible.

Le frottage peut lui aussi se pratiquer habillé (on parle alors souvent de « dry humping »).

Parmi les pratiques liées au frottage on retrouve aussi le sexe intercrural(entre les cuisses), interglutéal(entre les fesses) et intermammaire (entre les seins/pectoraux). Bien qu’ils peuvent être pratiqués et appréciés par n’importe qui, ils sont de particulièrement bonnes options pour les personnes qui cherchent des activités procurant des stimulations proches de la pénétration et/ou pouvant se faire dans des positions et avec des dynamiques similaires.

Sexe sans orgasme

Pour certaines personnes, la recherche de pratique non pénétrative n’a aucune lien avec l’orgasme, mais pour d’autre, les raisons qui rendent la pénétration difficile, désagréable ou non voulue peuvent aussi impacter la capacité à avoir des orgasmes, ou le désire d’en avoir. Par exemple : la dysphorie, les trauma, les handicap et maladie impactant les fonctions sexuelles, les traitements impactant les fonctions sexuelles, les troubles sensoriels, etc.

Pour cette raison, il me paraît utile de parler d’orgasme dans cet article. Notamment :

  • Il n’est pas obligatoire d’avoir un orgasme pour apprécier une relation sexuelle.
  • Il n’est pas obligatoire de donner un orgasme pour qu’un·e partenaire apprécie un rapport sexuel.
  • Il est acceptable d’avoir des rapports sexuels d’une manière qu’on aime mais qui ne nous fait jamais jouir, en faisant quelque chose qui nous fait jouir après, ou pas
  • Il est acceptable d’avoir des rapports sexuels d’une manière que notre partenaire aime mais qui ne lae fait pas jouir, en faisant quelque chose qui lae fait jouir après, ou pas.
  • Il est acceptable d’avoir des rapports sexuels avec quelqu’un mais de préférer se faire jouir seul·e.

L’absence d’orgasme ou la difficulté à en avoir est parfois voulue, choisie et/ou appréciée, mais parfois subie et/ou frustrante. Dans ces cas, il peut être utile d’en parler avec un·e partenaire pour trouver des pratiques plus gratifiante et/ou avec un· professionnel·le de santé pour en explorer la cause et les traitements possibles.

Mais, quoi qu’il en soit, l’absence d’orgasme ou la difficulté à en avoir ne sont ni honteuses pour la personne qui ne jouit pas, ni insultant·es pour san partenaire. Elles ne sont pas nécessairement le signe d’un échec de qui que ce soit. Et il reste possible d’avoir des rapports sexuels dans ces conditions si on le souhaite, et que tout le monde les apprécie.

Jouets et prothèses

Les jouets sexuels sont souvent associés à la masturbation en solo, mais ils peuvent être aussi être utilisés avec des partenaires.

Si les godes et strap-onssont principalement conçus pour les rapports pénétratifs, toutes les pratiques présentées jusqu’ici sont aussi possible avec : les pratiques orales, la masturbation, le frottage dans ses diverses formes… Les strap-ons peuvent être portés par dessus les vêtements, les godes peuvent être utilisés à la main ou fixé sur un support (pour ceux avec des ventouses notamment) sans forcément se déshabiller (pour l’un·e ou les deux partenaires).

Les jouets vibrants peuvent être utilisés lors des rapports sexuels à deux également, sur soi-même comme sur un·e partenaire. Il sont souvent marquetés comme des stimulateur clitoridiens, mais peuvent en réalité être utilisés sur n’importe quel appareil génital, ainsi que n’importe quelle autre zone érogène, comme l’anus ou les tétons par exemple.

Les jouets faits pour être pénétrés(onahole, Fleshlights, « pocket pussy »…) sont, dans mon expérience, les plus exclus de la représentation du sexe à deux. Pour les personnes qui souhaitent éviter toute pénétration de près ou de loin, ils sont souvent inadaptés, mais pour celles qui ne peuvent pas ou ne veulent pas pratiquer la pénétration directement avec un·e partenaire, tout en étant intéressées par l’image ou la sensation de la pénétration, ils peuvent être une bonne option. Ils peuvent être utilisés directement par la personne qui les pénètre, mais aussi par l’autre personne, par exemple avec un·e partenaire qui tient le jouet fixe et l’autre qui le pénètre, ou un·e partenaire qui utilise le jouet pour masturber l’autre. Il est aussi possible de placer le jouet contre le ventre, entre les cuisses ou entre les fesses d’un·e partenaire pour qu’il y soit pénétré, ce qui peut simuler une pénétration sans en avoir les enjeux physique.

Il existe des jouets pénétrables conçus spécifiquement pour les hommes trans sous T. Ceux-ci sont, dans mon expérience, plus ou moins pratiques selon les anatomies, et peuvent ne pas convenir à tous les hommes trans. À l’inverse, il est possible que d’autres personnes avec diverses anatomies y voit une fonction pour elles. Et il est encore une fois possible d’utiliser ce genre de jouets sur des godes ou strap-on.

Les packers peuvent également être impliqués dans les rapports sexuels, y compris ceux qui ne sont pas « pack and play » ou « hard packer » (= faits pour être utilisés sexuellement, notamment pour la pénétration). Ils nécessitent souvent d’être gardés dans les vêtements pour être maintenus en place et ne sont par ailleurs généralement pas dans des matériaux appropriés pour le contact direct avec les muqueuses lorsqu’ils ne sont pas prévus pour des usages sexuels, mais ils peuvent être stimulés comme n’importe quel pénis sans érection à travers les vêtements dans ces cas.

Enfin il existe divers jouets qui n’ont pas pour fonction d’interagir avec les organes génitaux du tout, comme les pinces à tétons ou les baillons par exemple, ainsi que tous les accessoires plus « esthétiques » comme la lingerie, les harnais de torse et tous les éléments vestimentaires et de costume que chaque personne peut trouver sexy, qu’ils aient ou non une fonction pratique dans les rapports sexuelles au-delà du visuel.

Les kinks

On définira pour cet article le terme « kinks » comme toutes les pratiques sexuelles et/ou intimes (on y reviendra) qui sortent des codes les plus typiques de la sexualité et de l’intimité. Cette définition est bien sûr floue – on pourrait facilement dire que les rapports non pénétratifs rentrent dedans, par exemple – mais il faudra nous en contenter pour l’instant, ou nous n’en finiront jamais.

Il convient de préfacer cette partie en affirmant clairement que la pratique de kinks n’est pas nécessaire à une vie sexuelle épanouie si cela ne nous amuse pas, et qu’il n’existe pas de vie sexuelle « trop normale » ou « trop fade » si tant est que tout le monde passe un bon moment. Cela est vrai pour tout le monde, mais les personnes qui n’ont pas de rapports pénétratifs peuvent parfois se sentir d’autant plus obligées de « compenser » cette absence par quelque chose d’autre qui ramènerait dans le sexe l’intensité nécessaire au plaisir. Il n’en est rien. Les pratiques non pénétratives sans kink comme les rapports oraux, la masturbation ou le frottage dans ses formes les plus classiques peuvent tout à fait suffire au plaisir de chacun·e et être aussi intense (ou aussi peu intense) qu’on le désire.

Cela étant dit, les kinks, lorsqu’ils sont pratiqués avec enthousiasme et consentement, peuvent être un endroit d’exploration et de plaisir sexuel aux options plus variées que les pratiques plus classiques, ce qui peut bénéficier aux personnes pour lesquelles les pratiques en question ne fonctionnent pas.

Dans le cas des personnes qui ne peuvent ou ne veulent pas pratiquer la pénétration, les kinks qui se concentrent sur autre chose que les organes génitaux notamment peuvent permettre d’explorer l’érotisme et la stimulation sexuelle sans que celles-ci ramènent à l’idée de pénétration. Par exemple :

  • Les kinks se concentrant sur une autre partie du corps : les pieds et les aisselles sont les plus courants mais tout est possible. Ces kinks peuvent être pratiqués sans impliquer les parties génitales de qui que ce soit (ex : lécher ou masser un pied, lécher ou sentir un aisselle, ou se faire lécher/masser/sentir) ou seulement celles de l’un·e des partenaires. (ex : frottage entre un pied et un sexe, une aisselle et un sexe…)
  • Les kinks se concentrant sur une esthétique générale et/ou des objets : cuir, latex, lingerie…
  • Les kinks se concentrant sur des stimulations sensorielles hors des organes génitaux : chatouilles, coups, douleur, jeux de température, bondage, odeurs, privation sensorielle…
  • Les kinks se concentrant sur des fluides corporels non sexuels : urine, scat…
  • Les kinks se concentrant sur des gestes ou rôles non sexuels : meuble humain (servir d’objet, par exemple de table ou de repose-pied, à quelqu’un), service (répondre aux besoins divers d’un·e partenaire comme amener à boire, nourrir ou ventiler), animal play (jouer à être le chien, le chat, le cheval ou autre d’un·e partenaire)…

À l’inverse, certaines personnes apprécient les kinks qui permettent de jouer de l’absence de pénétration en la rendant en elle-même excitante. La pratique de kinks devient alors un outil de réappropriation de la sexualité sans pénétration, de lutte contre la honte qui peut l’entourer, et d’affirmation (pour soi et/ou pour les autres) que cette sexualité est agréable et excitante. Ils peuvent aussi être intéressants pour les personnes pour qui la pénétration n’est pas plaisante ou pas possible, mais pour qui l’idée ou l’image de la pénétration est quand même excitante. Les jeux ou la pénétration est discutée et imaginée mais pas réalisée sont une bonne manière d’exploiter cette situation.

Par exemple :

  • Les jeux de chasteté (avec ou sans cage/ceinture) peuvent mettre l’absence de pénétration et/ou de stimulation génitale au cœur de ce qui est excitant. Il peut s’agir pour une personne qui ne peut ou ne veut pas être pénétrée d’être interdite ou empêchée d’être pénétrée (ex : par des règles dans un jeu de rôle Dominant·e/soumis·e, par une ceinture de chasteté…) et/ou d’interdire à ou d’empêcher san partenaire de la pénétrer (ex : par des règles, par une cage de chasteté, par du bondage…). Il peut s’agir pour une personne qui ne peut ou ne veut pas pénétrer d’être interdite ou empêchée de pénétrer (ex : par des règles, par un cage, par du bondage…) et/ou d’interdire à ou d’empêcher san partenaire d’être pénétré·e (ex : par des règles, par une ceinture de chasteté, par du bondage par dessus les vêtements…).
  • Les jeux d’edging, où une personne est interdite ou empêchée de jouir (parfois tout court, parfois jusqu’à être autorisée) peuvent mettre l’absence de certaines stimulation au cœur de ce qui est excitant. Cela peut, de manière facultative, inclure des jeu de rôle sur l’absence de pénétration. Par exemple, des interactions comme « Tu es si frustré·e, je suis sûr que tu rêves que je te baise, mais je ne le ferai pas » avec un·e partenaire dont on sait qu’iel ne veut pas être pénétré·e, ou « Tu es si frustré·e, je suis sûr que tu rêves de me baiser, mais ça n’arrivera pas » avec un·e partenaire dont on sait qu’iel ne veut pas pénétrer sont des scénarios qui peuvent permettre d’affirmer que l’absence de pénétration est volontaire et activement excitante.
  • Les jeux de cuckolding où une personne a des rapports avec quelqu’un d’autre que san partenaire habituel (devant lae partenaire en question ou pas) peuvent aussi être réalisé par des duo où l’une des personnes ne souhaite pas de pénétration, mais l’autre y est ouverte. Une personne qui ne souhaite pas être pénétrée peut alors être témoin de san partenaire qui pénètre quelqu’un d’autre, une personne qui ne souhaite pas pénétrer peut alors être témoin de san partenaire pénétré·e par quelqu’un d’autre. Ces scénarios sont aussi possible sans pénétration et/ou sans tierce personne dans un format de pur jeu de rôle où ils deviennent le pendant inverse de l’edging et du déni présenté au dessus : « J’aimerai beaucoup me faire prendre, mais je ne te laisserai jamais le faire. » ou « Ça me ferait tellement plaisir de prendre quelqu’un mais certainement pas toi. »

Ces kinks peuvent être pratiqués de manière sexuelles s’ils amènent à de l’excitation et/ou de la stimulation sexuelle. Mais ils peuvent aussi ne pas l’être et être plutôt des moyens de partager de l’intimité physique et/ou émotionnelle avec un·e partenaire. Cette intimité est fréquemment cherchée et trouvée dans les rapports sexuelles – une activité souvent exclusive, avec un temps dédié et une intensité particulière. Mais certaines personnes ne trouve pas cette intimité dans les rapports sexuels, n’ont pas l’envie ou la capacité d’avoir des rapports sexuels, cherchent à faire l’expérience de plus ou d’autre chose que les rapports sexuels et/ou aiment juste ces pratiques d’intimité autres.

Toutes les personnes qui ne peuvent ou ne veulent pas avoir de rapports pénétratifs ne sont pas forcément à la recherche de ce genre d’intimité, et c’est tout à fait normal. Mais, pour d’autre, avoir besoin ou envie de se séparer de la pénétration vient avec des enjeux supplémentaires, par exemple de dysphorie, de trauma,de difficultés sensorielles, de difficultés physiques limitant les actes sexuels possible, d’asexualité, etc. Tout ces cas de figures n’ont pas non plus besoin d’être « réglés » par des kinks non-sexuels (ou des kinks tout court) mais ils peuvent être une alternative à la sexualité (seuls ou tout en continuant d’avoir des rapports sexuels par ailleurs) pour les personnes pour qui celle-ci est difficile, non souhaitée et/ou ne permet pas de trouver l’intimité désirée.

Enfin, si toutes ces considérations sur l’interaction des kinks et de nos désirs et limites me paraissent intéressantes et utiles lorsque l’on essaie de comprendre comment construire une sexualité (ou non sexualité) épanouie dans un contexte où les représentations les plus communes ne sont pas adaptées, il me paraît aussi bon de dire qu’il n’y a jamais besoin d’une bonne raison ou d’une explication pour essayer un kink et l’apprécier. « Ça me fait bander » est une raison largement suffisante pour avoir une pratique sexuelle consentie. Nous n’avons pas besoin de pouvoir ou vouloir expliquer aux autres ou à nous-même en quoi un kink précis permet de nous empouvoirer ou de contourner un problème que nous rencontrons d’habitude dans le sexe.

Face à la stigmatisation des kinks et la honte que l’on peut ressentir en réponse, il est facile de se laisser tenter par l’envie de justifier en quoi nos kinks sont bons et adaptés à notre situation, en quoi ils répondent à un besoin, ou comment nous en sommes arriver là. Mais il ne faut pas se leurrer : les personnes qui critiquent les kinks consenti ne cesseront pas de le faire juste parce que nous avons « de bonnes raisons » de les pratiquer, et il n’y aura jamais rien de plus libératoire de notre propre honte et jugement que d’affirmer : « j’ai droit au plaisir, c’est tout. »

Idées générales

Je voulais enfin conclure cet article sur quelques réflexions plus générales sur le rapport au sexe et sa définition qui me semblent pouvoir aider à développer une vie sexuelle saine et épanouie, notamment lorsque cela nécessite des pratiques un petit peu hors de sentiers battus de la sexualité, en l’occurence, hors de la pénétration.

Faire vs Regarder et assister

Le sexe est souvent pensé comme quelque chose que l’on doit faire l’un·e à l’autre. Dans ce contexte, il peut être difficile de « juste » regarder ou assister un·e partenaire. Cette position peut sembler insuffisante ou honteuse. La formulation même est déjà biaisée : pourquoi tenir un·e partenaire dans ses bras pendant qu’iel se masturbe ou lae rearder hump un coussin en lae complimentant serait il moins participer à lae faire jouir que de lae masturber nous-même ?

Changer de regard sur cette question est, je pense, utile pour tout le monde. Mais il l’est d’autant plus dans les pratiques non-pénétratives et/ou pour les personnes qui ne peuvent ou veulent pas donner accès à leur corps à leurs partenaires de la manière la plus « traditionnelle ». Il n’y a pas besoin d’avoir les mains sur ou dans les organes génitaux de nos partenaires pour que nos rapports sexuels soient du « vrai sexe », soient intimes, soient jouissifs, soient mutuels, etc. Les rapports sexuels sont une activité qui se fait à ensemble, et toutes les manières d’être ensemble sont des manières d’avoir des rapports sexuels aussi valables et les unes que les autres.

Asymétrie

Les relations sexuelles « asymétriques » où les actes qu’une personne peut et veut recevoir et ceux qu’elle peut et veut donner sont différents sont courantes. Elle représente même la majorité des rapports sexuels puisque les couples où les deux personnes souhaitent pénétrer et être pénétrées, ou où aucune des deux ne souhaitent l’un ou l’autre sont en minorité dans la population dans son ensemble.

Cela n’est pas problématique en soi, il est même plutôt sain dans une relation que chacun·e puisse avoir des désirs propres qui ne soit pas identiques à ceux de san partenaire. Ces différences n’empêchent pas par ailleurs de répondre aux envies et besoins de toutes les personnes impliquées quand la communication et la compatibilité sont suffisantes.

Néanmoins, il est aussi normal qu’une personne puisse se sentir frustrée par une situation où elle donne quelque chose de satisfaisant à san partenaire, sans recevoir la même satisfaction en retour. Lorsque j’affirme qu’il est acceptable de vouloir recevoir certaines stimulations tout en refusant de les donner, ce que je dis, c’est que recevoir une stimulation ne doit jamais rendre obligatoire le fait de la donner en retour. Ce que l’on reçoit d’un partenaire ne doit jamais être un outil de chantage qui nous fait nous sentir contraint·e à une pratique pour « rendre » ce qu’on nous a donner.

En revanche, il est compréhensible qu’une personne qui aurait l’impression que sa vie sexuelle avec un·e partenaire serait plus orienté vers le plaisir de l’autre que le sien ou qui, dans les faits, apporterait plus de satisfaction à l’autre qu’à elle soit frustrée et insatisfaite de cette situation. Ressentir cette frustration et cette insatisfaction et l’exprimer n’est pas non plus toxique en soi. Si elles existent, il est même bon de communiquer dessus, tant que l’on reste vigilant’es à ce que cette communication ne créer pas (volontairement ou non) une pression chez l’autre à se plier à des pratiques non voulu afin de régler le problème.

Plutôt, il s’agit d’avoir des discussions qui permettent de trouver des pratiques autres qui permettrait à chaque personne impliquée de se sentir à la fois enthousiaste et respectée dans ses limites, et satisfaite du rapport sexuel dans son ensemble. Et, dans les cas où aucune solution n’est trouvée qui puisse mener à ce résultat, il est nécessaire d’être capable de nommer l’incompatibilité plutôt que de presser un·e partenaire à des pratiques qu’iel ne souhaite pas, ou de laisser un·e partenaire dans une situation d’insatisfaction.

Compatibilité

La question de la compatibilité sexuelle revient dans beaucoup de discussions autour de moi. Si elle me paraît importante, comme je viens de le dire dans la partie précédente, il me paraît aussi nécessaire de dire qu’être compatibles ne veut pas dire aimer donner tout ce que l’autre aime recevoir, et aimer recevoir tout ce que l’autre aime donner.

Dans le cas des personnes qui ne peuvent ou ne veulent pas avoir de rapports pénétratifs, il est facile de se dire que la seule manière d’être sexuellement compatible avec un·e partenaire est de trouver quelqu’un qui ne souhaite pas non plus de pénétration, et que toute personne qui apprécie être pénétrée et/ou pénétrante sera irrémédiablement malheureuse et frustrée dans une relation qui ne donne pas cela.

Il existe bien sûr des personnes qui ne trouvent pas de satisfaction suffisante dans leur vie sexuelle sans pénétration, et qui ne seront pas des partenaires compatibles avec des personnes qui ne pratiquent la pénétration sous aucune forme. Mais il existe aussi des personnes qui apprécient la pénétration sans que celle-ci soit nécessaire à leur satisfaction. À l’inverse, deux personnes qui ne pratiquent la pénétration ni l’une ni l’autre peuvent quand même avoir des goûts beaucoup trop divergents pour se satisfaire mutuellement.

Il paraît aussi bon de noter, sur un sujet plus important que celui de la satisfaction (que je ne trouve pour autant pas futile), qu’il ne suffit pas de respecter le désire de non pénétration d’une personne pour ne pas être abusif·ve avec elle. Pour les personnes qui ont pu être victimes de violences, notamment de non respect de cette limite, dans des relations précédentes, ou qui se sont simplement toujours senties rejetées ou insuffisantes pour leurs partenaires précédent·es du fait de cette limite, coucher avec quelqu’un qui n’y voit pas de problème et est ravi d’avoir des rapports non pénétratifs avec nous peut être extrêmement libérateur et réconfortant. Dans cet état, il est possiblede se laisser maltraiter d’autres manière en se convainquant qu’une personne qui respecte pour une fois un limite pour laquelle on nous a toujours critiqué·es ne peut être que respectueuse.

Pour toutes ces raisons, je crois qu’il est important de garder en tête que la compatibilité sexuelle ne se trouve pas dans le fait de correspondre à toutes les envies de notre partenaire, ou que notre rapport à la pénétration (quel qu’il soit) soit respecté. Il s’agit de trouver un terrain d’entente mutuelle où toutes les personnes se sentent respectée et satisfaites. Souvent, cela implique des deux côté des désirs non réalisés. c’est l’effet normal d’une relation où les limites sont librement exprimées et respectée. Mais ils ne deviennent pas des problèmes majeurs lorsque ceux qui sont effectivement partagés sont suffisants à la satisfaction de chacun·e.

Se rassurer mutuellement

Dans un contexte où nous sommes entouré·es de normes sexuelles diverses mais toujours limitantes, et où la sortie de ces normes est souvent fortement stigmatisées, toute la bonne volonté du monde ne suffit généralement pas à empêcher la honte, l’auto-jugement et les insécurités d’être présentes dans nos vies sexuelles. Cela n’est pas un échec et est dans une certaine mesure inévitable. Même s’il on peut bien sûr faire des progrès et gagner en confort, il me paraît du coup nécessaire de concevoir nos vie sexuelles en présumant que ces moments arriveront, et que la capacité à en parler et se faire rassurer par nos partenaires sur le sujet sont aussi des éléments important de notre sexualité.

Les personnes qui ne veulent ou ne peuvent pas être pénétrée ou pénétrer, peuvent évidemment se sentir insécure sur le sujet, avoir l’impression que cela fait d’elles des partenaires insufisant·es, et avoir besoin d’en parler et d’entendre comment leurs partenaires se sentent à se sujet (régulièrement s’il le faut).

Mais je crois que cela est aussi utile pour les personnes qui sont ouvert·es à la pénétration mais ne la pratique pas puisque leur partenaire ne l’est pas. L’impression de ne pas en faire assez ou de ne pas faire correctement peut aussi naître dans cette situation lorsque l’on a appris qu’une vie sexuelles satisfaisante venait forcément de la pénétration. Il est aussi possible de se sentir incompétent·e ou perdu·e lorsque l’on a pas eu l’habitude de faire autre chose. Recevoir des indications ou des conseils sur ce qu’il est plaisant de fournir à san partenaire qui ne soit pas de la pénétration, et la confirmation qu’iel est satisfait·e de sa vie sexuelles non pénétrative est important.

Les rapports sexuels sont des relations qui se construisent à deux. S’il est vrai que l’un·e des partenaires est parfois dans une situation de vulnérabilité ou de marginalisation plus grande qui peut rendre l’expression de ses désirs et limites plus compliquée, je crois qu’il ne bénéficie à personne de traiter ces cas comme s’il y avait d’un côté un·e partenaire susceptible de se sentir mal à l’aise, pressé·e ou insécure pendant les rapports sexuels, et de l’autre un·e partenaire pour qui tout serait a priori évident. La sexualité est un point d’intimité, de pression et de jugement pour tout le monde. S’assurer que la communication se fait dans les deux sens et que tout le monde reçoit l’empathie et le soutien nécessaire pour communiquer ses besoins, limites, envies, craintes, etc. me paraît toujours nécessaire.

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