Mieux comprendre l’autisme : L’autisme au féminin

Cet article est une retranscription de cette vidéo :


Bonjour et bienvenue sur ma chaîne, c’est Alistair, et aujourd’hui on se retrouve pour un nouvel épisode de ma série Mieux comprendre l’autisme.

Si vous ne me connaissez pas, bienvenue, je m’appelle Alistair, je suis une personne autiste, et entre autres choses ici je fais des vidéos de vulgarisation sur l’autisme, et à destination du tout public, et à destination des personnes autistes elle-même.

Le sujet qui va nous intéresser dans cette vidéo, c’est ce que certains appellent « l’autisme féminin » ou « l’autisme féminin ». En gros : l’autisme chez les femmes.

Pour comprendre pourquoi ça peut être un sujet, déjà, il faut savoir que actuellement il y a environ trois à quatre fois plus de garçons et d’hommes diagnostiqués autistes que de filles et de femmes. Cette disproportion-là n’est pas nouvelle, elle a plus ou moins toujours été là depuis que les psychiatres ont commencé à essayer de théoriser l’autisme, et actuellement on ne sait pas trop pourquoi.

Certaines personnes pensent qu’il y a effectivement plus d’hommes autistes, on va en reparler tout de suite, et d’autres qu’il y a autant de femmes que d’hommes autistes, mais que les femmes sont moins diagnostiquées que les hommes, on en reparlera après.

Partie 1 : Y a-t-il plus d’hommes que de femmes autistes ?

Ce qu’il est important de comprendre avant d’essayer de répondre à cette question, c’est que l’autisme n’est pas quelque chose qu’on peut identifier ou quantifier comme on pourrait mesurer le taux d’une hormone dans le sang par exemple. C’est une catégorie créée pour dire : « On remarque qu’il y a un certain nombre de gens qui ont cet ensemble de difficultés, et qui du coup ont des problèmes ou des besoins spécifiques plus ou moins similaires, donc on va créer un diagnostic qui permet de dire ça. »

Ce n’est pas une entité naturelle qui existe en elle-même. C’est une classification que nous en tant que société on créé pour décrire et comprendre et ranger des vécus humains. Ça ne veut pas dire que ça n’existe pas – les constructions sociales existent – mais ça reste des constructions sociales.

Pourquoi c’est important de prendre en compte ça pour répondre à cette question ? Parce que ça veut dire qu’en fait… on peut pas.

On n’a pas de test qui permettent de dire « oui cette personne est autiste » ou « non cette personne n’est pas autiste » avec certitude. Le diagnostic d’autisme, il se fait sur la base d’observation de la personne et de questions sur son vécu et sur son histoire personnelle pour voir si, de l’avis du médecin qui est en face, elle correspond au critères de diagnostic de l’autisme. Mais tout ça c’est forcément au moins un peu subjectif.

Ça dépend de ce que le médecin remarque et ne remarque pas, de comment la personne comprend les questions et y répond, et bien sûr de la manière dont on définit l’autisme à la base qui a changé au cours des décennies, donc ça prouve bien que cette définition est le fruit de choix et pas une réalité absolue.

Et du coup, on n’a pas de moyen de savoir si le fait que plus de garçons soient diagnostiqués vient réellement d’une différence de prévalence de l’autisme, ou si ça vient des questions que l’on pose pour diagnostiquer l’autisme, de la manière dont on interprète les réponses, et de la définition qu’on lui donne à l’origine.

On pourrait tout à fait prendre un gros échantillon de population, tester tout le monde, et voir s’il y a une différence entre les filles et les garçons, mais ça ne nous dirait pas si cette différence vient effectivement du nombre de personnes autistes dans chaque sexe, de biais dans le processus de diagnostic, ou les deux.

Je ne peux pas vous dire « oui les garçons sont plus souvent autistes que les filles » ou « non les garçons ne sont pas plus souvent autistes que les filles » parce que j’en sais rien et que c’est pas mesurable. Par contre, je peux vous dire qu’on s’en fout un peu.

Même en admettant que ce soit le cas, qu’il y ait plus de garçons que de filles autistes, ça ne change rien au fait que la psychiatrie est pleine de biais misogynes qui créent des biais dans la manière dont elle traite les filles autistes et qu’il faut dénoncer et changer ça, que les femmes autistes ont le droit d’avoir un soutien et une reconnaissance correcte indépendamment de leur nombre, et que donc il ne faut pas les exclure ni des études ni du diagnostic sous prétexte que « non mais chez les filles c’est plus rare donc c’est sûrement pas ça. »

Et ça change rien non plus au fait qu’il y a effectivement des différences dans la manière dont se manifeste l’autisme suivant le genre, donc on peut quand même passer à la suite de cette vidéo.

Partie 2 : Y a-t-il un autisme féminin ?

Déjà avant de répondre à cette question, je tiens à dire que, oui, il y a eu des études sur le sous-diagnostic des femmes autistes, et que oui, elles suggèrent que les filles, avec la même quantité de traits autistiques, sont moins diagnostiquées autiste que les garçons.

Donc il y a bien des biais misogynes dans le diagnostic d’autisme, qu’ils soient liés aux questions des tests eux-mêmes, ou au psy qui les font passer, ou aux parents et autres adultes autour de l’enfant qui seraient par exemple moins susceptible de suggérer de tester les filles que les garçons pour un même comportement, ou un mélange de tout ça et peut-être encore autre chose.

Mais en dehors des enjeux de misogynie « directe » entre guillemets, dans le sens de : « Je vois un garçon et une fille se comporter de la même manière et j’en tire des conclusions différentes. » se pose aussi la question de : « Est-ce que les femmes autistes ont des traits autistiques différents, et du coup si on a basé les critères de diagnostic et les listes de traits à chercher pour le diagnostic sur ce qu’on observe chez les garçons, forcément elles passent à travers ? » et la réponse est globalement : oui.

Les études sur le sujet tendent à trouver que les femmes autistes, entre autres choses, ont moins de difficultés sociales (en tout cas de l’extérieur, on y reviendra), et stimment moins, par exemple.

Note : « stim » désigne les comportements d’autostimulation sensorielle répétée, comme par exemple le fait de se balancer, d’agiter les mains, ou de répéter un mot ou un son en boucle. C’est un comportement courant chez les personnes autistes. J’ai aussi une vidéo sur le sujet.

On peut considérer que ces études sont peut-être biaisées. On peut imaginer que les femmes et les hommes autistes stimment autant, mais que ce qui est comptabilisé comme du stim va être les stim plus présents chez les hommes par exemple.

Mais dans tous les cas, que les femmes stimment effectivement moins, ou qu’elles stimment différemment et du coup sont moins comptabilisées, ça ne change rien au fait qu’on constate une différence générale de comportement entre les filles et les garçons autistes.

Ça, c’est quelque chose sur lequel les gens commencent à être un peu d’accord. Par contre, tout le monde ne l’explique pas de la même manière.

Un des problèmes qu’on retrouve dans les discours sur les différences genrées dans l’autisme, c’est de tomber dans un discours essentialiste. C’est-à-dire de considérer que les femmes et les hommes ont un cerveau différent par essence, et que donc l’autisme se manifeste de manière intrinsèquement différentes chez les unes et chez les autres, et/ou de considérer que les femmes et les hommes autistes n’ont pas « le même autisme ». Que l’autisme féminin et masculin sont deux choses plus ou moins différentes.

Et c’est pour ça que, personnellement, je n’aime pas trop l’expression « autisme féminin ». Ça donne l’impression que c’est l’autisme qui est différent, alors que c’est le contexte social dans lequel il est vécu qui change l’expérience, et c’est pas tout à fait la même chose.

Pour moi il y a deux grandes erreurs qui mènent à cette croyance.

La première, c’est le fait de percevoir l’autisme comme quelque chose en plus que la personne autiste a. Comme une entité séparée de la personne autiste.

Alors que non les personnes autistes sont des personnes, et elles sont autistes. Et notre autisme fait partie de nous et de comment on se développe, et donc forcément il interagit avec notre environnement et il est modifié par lui.

La deuxième erreur, c’est de penser que les personnes autistes ne peuvent pas apprendre. Que par exemple si une personne autiste ne sait pas faire du small talk, c’est définitif, elle ne peut pas s’entraîner à faire ça.

Alors qu’on peut. Et ça veut pas dire qu’on va devenir bon à ça, ça veut pas dire que ça va devenir facile, ni même possible dans toutes les circonstances, mais il y a une marge d’action.

L’association de ces deux choses fait qu’on s’imagine que les personnes autistes ont juste des limitations posées par l’autisme sur elles, et que donc si deux personnes autistes se comportent différemment, c’est que l’autisme qu’on leur a posé dessus, les limites qu’on leur a posé dessus, sont différentes.

Alors que tout simplement, on a tous des capacités différentes, autistes ou pas ça reste vrai, mais aussi on grandit dans des environnements différents, qui nous apprennent à développer nos capacités en tant que personnes autistes de manières différentes.

Femmes autistes et pression sociale

Pour donner des exemples concrets, on parle du fait que les femmes autistes sont souvent plus sociables ou socialisent mieux, mais ça ne veut pas dire qu’elles ont intrinsèquement une forme d’autisme qui cause moins de difficultés sociales.

Plus probablement, les femmes et les filles autistes sont beaucoup plus poussées à être sociables que les hommes et les garçons. On insiste beaucoup plus pour qu’elles soient polies, pour qu’elles soient souriantes, pour qu’elles connaissent bien les règles et se comportent bien, etc. On va plus insister pour que les filles socialisent avec les invité·es que les garçons, quand on a un gamin ou un ados qui va passer toute son après-midi dans sa chambre quand il y a des gens à la maison. On va demander aux filles d’être plus attentionnées, de prendre soin des autres, de faire la vaisselle et le ménage, et de pas s’habituer à ce que tout le monde fasse tout pour elle. On va les pousser à être la personne de la famille qui note toutes les dates d’anniversaire et qui derrière va rappeler à son mari : « Tu oublieras pas de fêter bon anniversaire à machin. »

On pousse beaucoup plus les femmes – et donc les femmes autistes – à performer ces tâches-là. Donc on les pousse beaucoup plus à développer des stratégie de ce côté-là et à se pousser de ce côté-là, pour le meilleur comme pour le pire. Ça ne veut pas dire que c’est plus facile pour elles à l’origine, ça veut juste dire qu’on leur laisse moins le choix.

Et c’est d’ailleurs un parcours très typique de diagnostic d’autisme chez les femmes adultes de passer leur adolescence et une partie de leur âge adulte à faire beaucoup d’efforts pour performer socialement, et de s’effondrer en burnout à un moment. Que ce soit ça qui amène au diagnostic, après des décennies à se forcer à essayer de répondre aux exigences sociales qu’on a placées sur elles.

Il y avait eu il y a quelques années une interview complètement honteuse de Joseph Schovanec que j’ai pas retrouvé en écrivant la vidéo, où il râlait sur je sais pas quoi… que tout le monde est autiste maintenant, des trucs comme ça.

Note : Je l’ai retrouvée depuis elle est dans ce lien. (Avertissement de contenu : misogynie, validisme, transphobie.)

Et à un moment il parlait du fait qu’il trouvait ça suspect qu’autant de femmes diagnostiquées autiste aient, entre autres, une famille et des enfants. Présumément, ça ne reflétait pas ce que lui voyait chez les hommes autistes, et que pour lui et d’autres hommes autistes c’était difficile de gérer la vie de couple, déjà, et que l’idée d’avoir des enfants c’était beaucoup – ce que je comprends tout à fait – et donc il trouvait ça bizarre qu’autant de femmes autistes elle aient « réussi » à avoir ça.

Et à aucun moment ça avait l’air de lui traverser l’esprit que ce n’était peut-être pas « les femmes autistes sont plus compétentes socialement et ont assez de marge en terme d’énergie etc. pour élever des enfants » mais juste « les femmes autistes ont été poussées toute leur vie à se mettre en couple et à faire des enfants indépendamment de leur désir de le faire et de leur capacité à gérer cette situation sans s’épuiser ou se mettre en danger ». Que peut-être si lui avait été une femme, sa situation de célibataire qui passe sa vie dans son travail académique aurait pas été traitée de la même manière.

La société nous pousse, et parfois nous force, à faire des choix de vie différents et ça ne dit pas nécessairement quelque chose de nos envies ou de nos capacités à l’origine, juste des options qui nous ont été ouvertes ou fermées. Et si les femmes autistes mènent des vies différentes des hommes autistes, c’est au moins en partie parce que même avec les mêmes capacités de départ, leurs opportunités de vie sont différentes.

Femmes autistes et intérêts spécifiques

Un autre exemple courant de ça ce sont les intérêts spécifiques.

Note : Les intérêts spécifiques (ou intérêts restreints) sont des sujets d’intérêts dans lesquelles les personnes autistes s’investissent de manière intenses et souvent sur le long terme. J’ai aussi une vidéo sur le sujet dans ce lien.

J’en avais parlé un peu à l’époque où j’avais fait ma vidéo sur le sujet mais les critères qu’utilisent les psy pour reconnaître les intérêts spécifiques c’est d’une part l’intensité de l’intérêt, bien sûr, mais c’est aussi leur anormalité en terme de sujet.

Il y a un genre de dicton autiste qui dit : « Un intérêt spécifique, c’est quand on s’intéresse à quelque chose de la même manière que les hommes allistes s’intéressent au foot. » et c’est semi une blague, mais c’est aussi un peu vrai.

Note : « alliste » veut dire « qui n’est pas autiste »

Il y a des intérêts qui sont socialement perçus comme normaux, même quand ils sont très intenses. Par exemple, ce n’est pas perçu comme un signe d’autisme d’avoir une équipe de foot préférée, et de regarder tous leur matchs, et de porter leur T-shirt, et de connaître les joueurs et leur parcours, et d’être tellement émotionnellement investi dans la Coupe du monde que tu te mets à poil dans la rue quand la France gagne. Alors que n’importe quel mec qui serait passionné à cette intensité-là par les moteurs de métro serait perçu comme autiste.

Et ce fait-là peut un peu masquer les intérêts spécifiques des personnes autistes qui sont intéressées par des sujets communs et normalisés. Si tu apprends l’histoire des différentes lignes de métro par cœur, c’est autistique, mais si tu apprends le nombre de buts de tous les joueurs de l’équipe de France par tournoi, ça va.

Ce phénomène-là n’impacte pas que les femmes autistes. L’exemple que je viens de donner là a plus de chance de toucher les garçons autistes du coup, qui comme les garçons allistes ont plus de chance d’être passionnés par le foot, pas parce que c’est dans leur nature évidemment, mais parce que c’est ça qu’on leur propose et qu’on les pousse à aimer. Mais ce phénomène touche quand même beaucoup les intérêts des filles.

Je sais pas ce que les filles écoutent de nos jours, je suis vieux, mais à mon époque personne n’aurait trouvé ça autistique qu’une petite fille recouvre les murs de sa chambre de poster de Lorie et apprennent toutes ses chansons et sa biographie par cœur.

Il y a tout un personnage cliché sur la « horse girl » : la petite fille qui est fan de chevaux, et qui regarde des séries de chevaux, et qui joue à des jeux vidéos de chevaux, et qui lit des magazines de chevaux, et ce n’est pas vu comme autistique, c’est juste un comportement de fille qui aime les chevaux. Alors que, bien évidemment, ça peut tout à fait l’être.

Dans la même veine, ça ne va pas être perçu comme autistique de collectionner le maquillage et de regarder des tutos à longueur de journée. Vous voyez l’idée.

Comme la misogynie nous vend les femmes et les filles comme intrinsèquement émotives et superficielles, et que les intérêts perçus comme féminins ne sont souvent pas pris au sérieux, une fille ou une femme passionnée très fort par un intérêt féminin va souvent être vue comme juste une fille qui aime des trucs de filles, et pas comme une fille potentiellement autiste avec un intérêt spécifique sur la mode ou les chevaux ou le maquillage ou One Direction. (Encore une fois, je suis vieux.)

Et aussi, en alliance avec le fait qu’on pousse plus les filles à socialiser, on va en avoir plus comparées aux garçons qui utilisent les intérêts spécifiques pour améliorer leur socialisation plutôt que de se laisser se concentrer sur un truc qu’elles aiment, et ça les isole moins d’un point de vue alliste.

Par exemple moi, gamin, j’avais un tableur Excel avec la liste de toutes les personnes que je connaissais, leur nom, leur âge, leur couleur de cheveux, leurs couleur préférées, et d’autres informations comme ça. J’ai aussi vu plein de témoignages de femmes autistes qui disaient qu’elles passaient des heures à observer les gens pour savoir comment ça fonctionne la socialisation, essayer de trouver des outils pour s’intégrer, apprendre les règles sociales, etc.

Et du coup au lieu d’utiliser leur tendance à s’intéresser fort et à essayer d’amasser plein de connaissances sur un sujet d’intérêt spécifique qui les ferait sortir du lot et qui serait plus visible, elles vont utiliser ça pour apprendre sur leur environnement et essayer de s’y intégrer. Ce qui n’est pas invisible comme processus, mais qui n’est pas visible de la même manière, donc si ce n’est pas ça qu’on recherche comme un trait autistique on le trouve pas forcément.

Femmes autistes et crises autistiques

Encore un autre paramètre qui change la manière dont se présente l’autisme chez les filles, c’est qu’on les encourage plus à parler de leurs émotions, et qu’on punit plus le fait qu’elles soient violentes ou bruyantes.

Donc elles vont plus apprendre à gérer leurs crises autistiques par d’autres moyens que crier très fort et taper sur des choses que les garçons, ce qui, pareil, ne sera pas forcément invisible, mais sera visible d’une manière moins typique et moins remarquée.

Note : Cela peut mener les femmes à faire plus de shutdown et moins de meltdown. J’ai aussi une video sur ces concepts dans ce lien.

Partie 2, conclusion

Il y a certainement plein d’autres exemples à donner sur ce sujet et je vais pas être exhaustif, mais ce qu’il est important de retenir globalement, c’est que les personnes autistes sont des personnes, qui comme toutes les personnes sont influencées par leur environnement dans leur développement.

Et donc comme les filles et les garçons sont traités différemment au cours de leur vie, leurs intérêts, leurs compétences, leurs stratégie de survie, etc. vont se développer différemment, et bien sûr c’est valable pour les personnes autistes aussi.

Mais ça ne veut pas dire qu’il y a un autisme féminin et un autisme masculin qui seraient intrinsèquement différents. Juste que les femmes et les hommes grandissent différemment, donc les femmes et les hommes autistes de même.

Et aussi, ça veut dire que ce n’est pas aussi binaire que ça.

Fort heureusement, malgré la pression sociale, il y a des garçons qui aiment Lorie, et des filles qui aiment le foot. Il y en a des allistes, et il y en a des autistes.

De la même manière, les filles et les garçons autistes vont être poussés dans plein de directions différentes, mais ça ne veut pas dire qu’ils vont forcément grandir dans ces directions-là. Il y a des femmes autistes qui ne développent pas de stratégie efficace pour performer socialement, et il y a des hommes autistes qui le font.

Il y a des femmes autistes qui ont des intérêts très typiquement autiste (dans la vision misogynes qu’on en a actuellement) et qui du coup sont aussi perçus comme masculins, comme les trains ou les avions, et des hommes autistes qui ont des intérêts spécifiques, soit qui passent mieux comme neurotypique (comme le foot), soit qui sont perçus comme féminins (comme le maquillage), et qui du coup seront peut-être plus traités sous le prisme de la divergence de genre que celui de l’autisme.

Note : Le facteur de divergence de genre peut aussi impacter les filles autistes. Là ou un garçon passionné de métro sera peut-être vu comme autiste, une fille se fera peut-être en priorité reprocher d’aimer des chose « de garçon ».

Il n’y a pas deux autismes différents, celui des femmes et celui des hommes. Il y a une myriade de personnes autistes, avec leurs points commun et leurs différences, qui sont influencées par leur environnement, parfois en évoluant dans le sens vers lequel on les pousse, parfois non.

Il reste important de visibiliser les femmes autistes et le fait que l’autisme peut se manifester chez les femmes de manière différente de ce que l’on présente souvent car nos modèles sont misogynes et très influencés par le fait d’avoir surtout observé des hommes autistes. Ces différences-là existent, et leur méconnaissance joue dans le manque de ressources et de prise en charge des femmes autistes. C’est vrai, et c’est pertinent de le dire et d’en parler.

Par contre, il est important de faire ça sans tomber dans l’essentialisation et de reconnaître que ce phénomène est dû au fait que les personnes autistes sont des personnes façonnées par leur environnement, dont leur environnement genré, comme tout le monde.

Partie 3 : Et les personnes trans dans tout ça ?

Bon. Jusqu’ici j’ai un peu écrit cette vidéo en jouant au mode facile des études de genre, à savoir faire comme si les personnes trans n’existaient pas. Et de fait je suis pas le seul : les études sur les différences genrées dans l’autisme se posent rarement la question, et on sait jamais trop dans quelle case ont été rangés les personnes trans dans chacune si jamais il y en avait.

Mais moi et pas mal d’autres personnes, forcément ça nous dérange et ça nous questionne. D’autant plus que des personnes autistes et trans, il y en a beaucoup.

Donc on trouve, notamment chez les personnes autistes qui prennent la parole sur ces thématiques-là, des tentatives d’intégrer les personnes trans dans ces réflexions… et c’est pas toujours très bien fait.

Ce qu’on voit malheureusement souvent, ce sont des personnes qui remplacent « femmes autistes » et « hommes autistes » par « personnes autistes AFAB » et « personnes autistes AMAB », les acronymes pour « assigné·e fille à la naissance » et « assigné·e garçon à la naissance ».

Note : ce sont des accronymes qui viennt de l’anglais : « Assigned Female At Birth » et « Assigned Male At Birth » mais elles sont utilisées telle quelle en français.

En gros, au lieu de dire : « On pousse plus les filles à socialiser que les garçons, donc les filles autistes développent plus de stratégies de socialisation. » on va dire : « On pousse plus les enfants qui ont été assignés fille à la naissance à socialiser, et donc ils vont développer plus de stratégies de socialisation. » Et on va considérer que les hommes trans autistes vont avoir un autisme « féminin » et les femmes trans autistes un autisme « masculin ».

Et pour le dire poliment… c’est de la grosse merde.

Je vais pas aller extrêmement en détail sur pourquoi considérer que les hommes trans sont « socialisés comme des filles » et les femmes trans sont « socialisées comme des garçons » c’est complètement faux, parce que ça mériterait sa propre vidéo (il faudra que je fasse ça un jour d’ailleurs) mais ça l’est.

Notamment, on est tous et toutes exposés à des représentations genrées diverses, et ce n’est pas parce qu’on est assigné·e garçon qu’on va forcément se reconnaître dans les représentations de garçons et essayer de s’y conformer.

Plein de femmes trans, dans leur enfance et leur adolescence et leur vie en général, se sont reconnues et se sont senties concernées par des représentations féminines et ont donc été influencées par elle dans ce qu’elles voulaient ou pensaient devoir être. Et donc ces représentations et ces injonctions-là les ont influencées et construites, et ont influencé la manière dont se manifeste leurs traits autistiques, de la même manière que pour les femmes cis.

Les femmes trans n’ont pas un vécu d’homme cis, parce qu’elles n’en sont pas. Et donc elles sont influencées par leur environnement et leurs expériences de manière différente d’eux. Et inversement, les hommes trans n’ont pas un vécu de femmes cis non plus.

Note : « cis » veut dire « qui n’est pas trans ».

La vérité, c’est que tout le monde a une socialisation plus ou moins mixte. On perçoit, au moins dans une certaine mesure, les injonctions qui sont faites à la fois aux femmes et aux hommes, et en fonction du contexte, de notre identité, et de tout un tas de paramètres, on est impactés plus ou moins par certaines représentations et injonctions et par d’autres.

Les femmes, dont les femmes trans, vont tendre à être plus impactées par certaines représentations et injonctions parce qu’elles s’y identifient plus et qu’on les leur adresse plus. Idem pour les hommes, dont les hommes trans. Mais il y aura toujours des exceptions et des mélanges et des zones de notre socialisation qui seront plus impactées par les rôles de genre que d’autres de manières variées.

Souvent, les personnes trans ont une expérience de socialisation genrée plus mixte, avec un mélange d’expériences plutôt féminines, plutôt masculines, et aussi d’expériences assez exclusivement trans.

Et je parle de femmes et d’hommes trans parce que, encore une fois, c’est plus facile. Mais évidemment, la socialisation des personnes non-binaires va être mixte aussi, et ne peut pas se résumer à « être socialisé·e comme une fille si assigné fille » et « être socialisé·e comme un garçon si assigné·e garçon ».

A titre d’exemple, je suis un homme trans, et il y a des endroits où je vois comment ma socialisation me fait avoir des traits autistiques plus « féminins ». L’exemple que je donnais sur le fait d’être plus présent pour les invités, je le ressens beaucoup sur comment j’ai été élevé différemment de mon frère.

Mais par contre, je me retrouve très peu dans les témoignages de plein de femmes autistes sur leur rapport à la maternité ou au couple, et à la manière dont elles ont pu essayer de se façonner pour rentrer dans ces exigences-là. C’est pas un vécu féminin que j’ai du tout.

Non, mon expérience n’est pas la même sur un certain nombre de points que celle des hommes cis autistes, c’est vrai, mais je me retrouve pas particulièrement dans ce qu’on appelle l’autisme féminin. Et ça me met toujours assez mal à l’aise quand des personnes me demandent d’aborder ce sujet par le prisme de ma propre expérience en présumant que je vais avoir une expérience proche voire identique de celle des femmes autistes, parce que c’est pas du tout le cas. Si vous voulez un témoignage d’expérience trans sur l’autisme féminin, demandez à des femmes trans autistes, il y en a plein.

On en revient à la même conclusion que tout à l’heure : il n’y a pas un autisme féminin et un autisme masculin qui viendraient magiquement de notre sexe biologique ou je sais pas quoi.

(Et d’ailleurs même si c’était le cas, les femmes trans ne sont pas biologiquement des hommes et les hommes trans ne sont pas biologiquement des femmes. J’ai aussi un article là-dessus.)

Les traits autistiques sont influencés par le sexe de la personne, parce que les traits autistiques sont influencés par la vie et les expériences et l’environnement de la personne, qui sont eux-mêmes tous modifiés par son sexe.

Et comme les personnes trans n’ont pas la même vie et les mêmes expériences et les mêmes environnements que les personnes cis, il est absurde de penser que l’autisme se manifeste de manière similaire chez toutes les personnes assignées filles ou chez toutes les personnes assignées garçons.

Si l’on n’approche pas les différences genrées dans l’autisme de manière essentialiste mais qu’on comprend que les traits autistiques sont façonnés par les expériences de vie, et qu’on comprend que les femmes trans sont des femmes et que les hommes trans sont des hommes et que les personnes non-binaires sont non-binaires, alors on comprend que les femmes trans verront leur trait autistiques influencés par leurs expériences de femme trans, qui sont des expériences de femmes, et les hommes trans influencés par leurs expériences d’hommes trans, qui sont des expériences d’homme, et les personnes non binaires influencées par leurs expériences de personnes non binaires, qui ne sont ni des expériences de femmes ni des expériences d’hommes, tout simplement.

Outro

Voilà pour cette vidéo je crois.

Avant de vous quitter, je tiens à vous rappeler rapidement l’existence d’une part de ma boutique sur laquelle j’ai récemment ajouté des nouveaux stickers trans et neuroa, je vous laisse aller voir, ainsi que l’existence de mon Patreon où vous pouvez soutenir mon travail en échange de contreparties exclusives. Notez d’ailleurs qu’il y a aussi du contenu gratuit sur Patreon, donc vous pouvez juste vous abonner gratuitement si vous voulez.

Si vous avez des questions sur cette vidéo n’hésitez pas dans les commentaires, je les lis tous. Sur ce, je vous souhaite une bonne fin de journée et à tout bientôt !

Annexes

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D’autres vidéos sur des sujets en rapport avec celui-ci :

Autres ressources :

  • [EN, vidéo, sous-titres automatiques] Autistic Girls, Are We Gender Stereotyping Autism? par Purpe Ella, une femme autiste et mère d’une fille trans autiste
  • [FR, texte] Les antennes les branches, de Léonie Casthel, une pièce de théâtre par une femme autistes, avec plusieurs personnages autistes, dont une femme, qui montre certaines choses donc je parle ici (disponible gratuitement en ligne)
  • [Article, FR] Femmes trans et féminisme : Les obstacles à la prise de conscience féministe et le ciscentrisme dans les mouvements féministes de Constance Lefebvre et Des femmes comme les autres ? Penser les violences faites aux femmes trans à travers la pratique de l’autodéfense féministe par Noémie Grunenwald dans Matérialisme Trans : https://hysteriquesetassociees.org/2019/09/15/materialismes-trans/

Note : les articles ci-dessous ne sont pas nécessairement des articles avec lesquels je suis d’accord, ce sont des articles qui permettent de s’informer sur ce qui se dit et différentes positions prises sur le sujet.

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